dimanche 25 mai 2014

Nightcall, humeur du soir

Voilà bien longtemps que je n'ai plus rien écrit sur ce blog. Trop de travail sans doute, la bonne explication. Trop peu d'énergie, sûrement. Plus rien à dire, peut-être. Une année un peu difficile, faite de renoncements, de deuils, de désillusions. De temps qui passe au fond, trop vite au fil de la vie qui avance. Et de blessures qui ne guérissent pas. I’m giving you a nightcall to tell you how I feel...

samedi 21 décembre 2013

Help me make it through the night...


video


Voilà qui me ramène bien loin dans la mémoire de mes années passées, à une époque où je découvrais l'amour, encore interdit, et où tout donc me semblait possible. Pourquoi ce film, Mascara de Patrick Conrad, si vite tombé dans l'oubli, m'a-t-il tant marqué? Parce que j'étais amoureux de l'un de ses figurants, sans soute. Un amour trop éphémère. Et qui me donnait déjà la mesure de l'impossible amour. Tant d'années plus tard, je voudrais encore que l'on m'aide à traverser la nuit. Une nuit plus sombre désormais, que les lendemains se font plus urgents. Mais j'ai aussi aimé, je m'en souviens, le mélange des genres, des langues et des cultures. Le néerlandais m'a semblé si beau tout à coup. L'allemand plus proche que jamais. Peut-être étais-je réconcilié enfin avec ma belgitude, même si, au fond, c'est l'anglais qui domine dans cette chanson. Mais comme tout cela s’accommode ici, forme finalement une harmonie, qui laisse à rêver que dans la différence la rencontre est enfin possible. C'était mon rêve de jeunesse: croire que ma différence avait quelque chose d'universel. Croire que défendre les droits d'une minorité, c'était défendre ceux de toutes les minorités. J'ai milité pour cela, et déchanté depuis. Le droit à la différence a fait long feu, l'indifférence a gagné. Et le mariage pour tous est devenu celui de quelques privilégiés, si souvent aveuglés par leur éphémère insouciance. Ailleurs, les homos sont persécuté plus que jamais. Ici, les étrangers sont refoulés comme jamais. Partout, les égoïsmes dominent. Oh, help me make it through the night...

samedi 9 novembre 2013

Recette du bon vieux stoemp bruxellois

Le stoemp, c'est comme tant d'autres plats "nationaux" traditionnels, il y a autant de façons de le préparer que de familles pour le déguster. Sorte de potée belge, même bruxelloise, le stoemp se caractérise notamment par sa cuisson à l'étouffée. Et comme, en surfant, je suis tombé sur des recettes particulièrement compliquées, je permets de vous livrer la mienne, toute simple et plutôt sympa, je trouve.
Le stoemp se prépare avec des pommes de terre, même type que les patates à frites, ni trop fermes ni trop farineuses, et à peu près n'importe quel autre légume: carottes, poireaux, chou, épinards, chicons, cresson, etc. Prenons l'exemple du stoemp poireaux.

Ingrédients: 
- un oignon
- 600 gr de pommes de terre
- 500 gr de poireaux
- beurre ou huile d'olives
- un fond de bouillon de légumes
- thym, laurier, noix de muscade et persil
- crème fraîche (facultatif)

Préparation:
- faire revenir l'oignon dans un fond d'huile ou de beurre
- éplucher patates et carottes et les émincer
- faire revenir patates et carottes quelques minutes dans l'oignon
- mouiller avec le fond de bouillon
- ajouter thym, laurier, muscade, sel et poivre
- couvrir et laisser cuire à feu doux pendant 40 bonnes minutes
- mélanger de temps à autre et vérifier que cela n'attache pas
- ajouter si besoin un peu de liquide
- la cuisson est achevée lorsque les légumes se fondent en purée. Au besoin, l'achever grossièrement à la fourchette ou plus finement au presse purée
- ajouter, selon le goût, un peu de crème ou de beurre
- finir avec un peu de persil haché 
- servir bien chaud avec du lard grillé, de la saucisse, du boudin... et, pour ceux qui aiment, le jus de cuisson de la viande. 

Certains cuisent séparément les légumes et les fusionnent en dernière minute. Je ne vois pas l'intérêt. Non seulement c'est plus compliqué, ça fait plus de vaisselle, mais les parfums se mélangent moins bien. L'un des secrets de cette préparation, me semble-t-il, c'est le temps de cuisson. Il ne faut pas être pressé. Mais une fois de plus, il y a autant de recettes que de familles...

mercredi 30 octobre 2013

Tant que l'on érigera le travail en valeur suprême et l'argent comme seule marque de réussite...

Certains jours, je me dis que je deviens vraiment un vieux con. Tellement con que je me demande comment je supporterai encore ce monde à 70 ou 80 ans, si j'arrive jusque là. Déjà, je ne peux plus encaisser les automobilistes qui déboitent sans clignotant; ceux qui qui se calent une fois pour toutes à 120 sur la bande du milieu; ceux qui remontent les files pour se rabattre au dernier moment, avec ou sans clignotant. Je m'énerve contre la musique et les pubs débiles qu'on déverse à gerbes continues dans ma salle de sport. Je fulmine contre les entraineurs qui ne s'adressent qu'aux jolies filles et vous nient la tronche. Je méprise les jeunes bodybuildés qui s'invectivent à travers la salle comme s'il n'y avait qu'eux et se tâtent les pectoraux hypertrophiés que je soupçonne inversement proportionnés à la somme de leurs neurones. Mais je ne parviens toujours pas à raffermir ma poitrine...
Et je deviens d'autant plus con que je ne trouve pas de remède à ma connerie, sinon le rêve d'aller finir mes jours à la montagne. D'autant plus illusoire que je n'en aurai bien sûr jamais les moyens, à force de jobs à durée déterminée et de salaires tout juste décents. Mais pourquoi la montagne? J'ai l'impression d'y être né, c'est presque vrai. C'est là, sans doute, que j'ai vécu les moments les plus intenses de mon existence. Depuis l'enfance, et sur une paire de skis depuis bientôt trois ans. Mais ça n'explique pas tout. La montagne, c'est aussi, à mes yeux, le règne du dépouillement. Un sommet, on le gravit avec ses jambes, une dose d'humilité et de bonnes chaussures, certes, mais bien rodées. On s'en fout du dernier cri. Une piste noire, ça se dévale avec un peu de folie, une boule dans le ventre, et une bonne paire de skis. Mais à cette vitesse, qui a le temps d'en noter la marque? Un sommet, comme une piste noire, une crête ou un lac glacé, ça reste - pour combien de temps encore? - une rencontre avec soi. Oh, je ne parle pas de se surpasser, de dépasser ses imites et ses peurs. Je me méfie de ces concepts de "team builders" qui ne voient que rentabilité. Je parle de cette capacité de s'émerveiller pour quelque chose qui n'a pas de prix. Quelque chose qui nous dépasse et nous grandit, au lieu de nous écraser. La beauté, quoi!
Pour moi, c'est juste l'inverse de ce monde où le vieux con que je suis ne se retrouve pas. Si les gens remontent les files dans leur BMW de société, s'ils roulent des mécaniques dans les salles de sport, s'ils ne rêvent que de célébrité et vêtements de marques, s'ils traitent les filles comme des paquets de viande, ce n'est pas tant qu'on ne leur a rien appris, certains ont même fait de brillantes études. C'est peut-être qu'on a oublié de les prendre pour des personnes, à force de les considérer comme des consommateurs juste bons à faire tourner un modèle qui ne profite qu'à quelques uns et laisse tous les autres, au mieux, dans l'illusion; au pire, dans la désolation.
J'entends partout, surtout à gauche, qu'il faut mettre le parquet sur l'enseignement. Et je lis, chez les mêmes, qu'il faut mettre la priorité sur l'emploi. Très bien, 25 ou 50% de jeunes au chômage c'est juste criminel. On est d'accord. Mais si l'on se contente de former des jeunes pour qu'ils trouvent de l'emploi, qu'aurons-nous gagné? D'autant qu'il n'y a pas assez d'emplois... Tant que l'on érigera le travail en valeur suprême, l'argent comme seule marque de réussite, la célébrité comme unique indice d'existence... je ne vois guère d'autre horizon que la montagne, dès lors que le sexe, et l'amour qui pourrait aller avec, deviennent aussi objets de consommation.
Mais en vieux con pas encore totalement sénile, je serais ravi d'avoir tort cette fois encore...


mercredi 24 avril 2013

Le "Printemps français" est en marche...

Et dire qu’il y en a qui appellent ça «le printemps»! Bon, c’est vrai que l’hiver a été long, et rigoureux. Faut le reconnaître. Et c’est vrai que la jeunesse tient désormais le haut du pavé; toute fraîche éclose, si propre sur elle, armée de bons sentiments, de smartphones, et connectée aux réseaux sociaux. C’est vrai que cette jeunesse découvre les joies de la transgression. C’est grisant, à vingt ans, de se mobiliser: de battre le rappel des troupes, de scander des slogans, de fabriquer des calicots, de s’indigner des soirées entières, de refaire le monde et de se faire de nouveaux amis dans les manifs. C’est dingue de planter des tentes en toute illégalité, puis de passer la nuit en garde à vue et de s’en vanter ensuite. Et comme c’est exaltant ce sentiment de construire dans la rue, et dans la fraternité, la République de demain... On se sent devenir adulte. Citoyen, même. Pour un peu, on se croirait revenu au joli mois de mai '68, lorsqu’un autre monde était possible, teinté de fleurs, de musique et de grands lits. Il est d’ailleurs beaucoup question d’amour dans les rangs des « manifs pour tous »: amour des enfants, surtout, de la famille, toujours, de Dieu, généralement. De l’autre ? Ça dépend... Mais qu’importe ! les couleurs sont vives, les revendications fortes, l’ambiance bon-enfant. Dans son refus du mariage homosexuel, la droite française a réussi le pari de porter enfin des revendications «positives». Il s’agit moins de manifester «contre» les gays que «pour» des valeurs prétendues justes, voire généreuses. C’est cela, sans doute, qui a séduit tous ces jeunes des beaux quartiers. Et qui est inquiétant... Où sont-ils, ces mêmes jeunes qui sont notre avenir, ces jeunes instruits et décomplexés, lorsqu’on tabasse des homos, lorsqu’on expulse des Roms, lorsqu’on ferme des usines, lorsque tant d’autres jeunes se battent pour un boulot, lorsqu’on exclut des familles du chômage, lorsqu’on exploite des enfants qu’ils prétendent pourtant défendre? Pas dans la rue, en tout cas. Le printemps est bien sombre cette année, ne trouvez-vous pas ?

jeudi 7 mars 2013

Carterpillar: quelle sauce serons-nous mangés ?

A quelle sauce serons-nous mangés ? Voilà une question qui doit brûler bien des lèvres en ce début d’année morose et incertain. Les 1.400 ouvriers et employés de Caterpillar Gosselies, comme les 1.300 travailleurs d’ArcelorMittal Liège, et les 8.000 autres de Ford Genk et ses sous-traitants connaissent la réponse : ce sera chômage ! Et dégressif, de surcroît, grâce au gouvernement fédéral qui continue de penser qu’il n’y a qu’à chercher du travail pour en trouver... Pour tous ces nouveaux demandeurs d’emploi, la question est davantage de savoir ce qu’ils vont manger et servir à leur famille. Ce sera vaches maigres... Et pour longtemps. Oubliés les petits restos du vendredi et les lasagnes toutes préparées en semaine. Au moins, ils pourront se consoler; si la crise économique les frappe au cœur, la crise alimentaire ne les atteindra pas. Quoique... Chaque semaine nous apporte son lot de révélations dans l’affaire de la fraude à la viande de cheval. À tel point qu’on a vite fait d’oublier que du porc, aussi, s’est glissé dans des hamburgers 100 % pur bœuf servis notamment à des prisonniers musulmans. On n’en est plus à se préoccuper des minorités. C’est toute la chaîne alimentaire qui vacille, comme voici dix ans lors de la crise de la vache folle. Et l’Europe n’est plus la seule touchée. Ikea a décidé de retirer ses boulettes de ses magasins de Malaisie, de Thaïlande et à Hong Kong. Et, comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’on apprend par le journal « Le Monde » que de la viande de girafe aurait été décelée dans des bâtonnets d’antilope en Afrique du Sud... La crise est planétaire, ma bonne dame ! Non seulement on ne sait plus ce qu’on mange, mais on ne sait toujours pas à quelle sauce on sera mangés. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a que les vaches pour être folles dans ce monde du tout au profit...

jeudi 31 janvier 2013

La revue Démocratie prend un coup de fraîcheur

La nouvelle Une du journal
La revue Démocratie s'est offert un coup de fraîcheur à l'occasion de l'an neuf. Désormais, vous la retrouverez tous les mois, et non plus deux fois par mois, mais forte de seize pages au lieu de huit, dans un graphisme plus actuel, et, nous l'espérons, plus lisible. Si l'esprit ne change pas, nous souhaitons offrir plus de diversité de sujets, des rubriques nouvelles, une structuration plus claire, avant de proposer un nouveau site internet. Que ce soit l'occasion de vous remercier de votre fidélité et de vous souhaiter nombre de lectures critiques encore. Je veux aussi saluer Marie-Hélène Toussaint pour le remarquable travail de graphisme qu'elle a fait dans des conditions difficiles et Nicolas Vandenhemel pour son accompagnement rédactionnel attentif et intelligent. Retrouvez la nouvelle formule de Démocratie sur www.revue-democratie.be. Et n'hésitez pas à vous abonner, le prix, modique, lui n'a pas changé.

mardi 22 janvier 2013

L'approche par les capabilités peut-elle inspirer une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté?

Souvenez-vous, l’année 2010 avait été décrétée « année européenne de lutte contre la pauvreté ». Généreuse intention qui, dans les faits, s’est traduite par une augmentation sévère de la pauvreté dans l’ensemble des pays européens. Avec son homologue flamand, l’ACW, le MOC a voulu que les belles intentions de l’époque ne restent pas lettre morte dans les archives de l’Union. Depuis bientôt trois ans, les deux organisations ont constitué un réseau, les  Alliances pour la lutte contre la pauvreté, qui rassemblent 11 mouvements sociaux, 10 syndicats, 16 chercheurs issus de 13 pays de l’Union. Ces Alliances ambitionnent de porter une série de revendications communes à la veille des élections européennes de 2014 en vue de changer radicalement les options politiques qui ne cessent de creuser les inégalités. L’une des originalités de la démarche est de proposer une nouvelle grille de lecture des inégalités et de la façon de les dépasser. Il s’agit de l’approche par les capabilités développée par le prix Nobel d’économie Amartya Sen. Cette approche qui réussit à concilier la complexité du monde avec une solide base de justice sociale et une démocratie renforcée peut-elle inspirer une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté ? Cette interrogation fut au centre d’un séminaire organisé par le MOC et l’ACW en janvier 2012. Un an plus tard, les actes de ce colloque viennent de paraître. Ils permettent, par des exemples concrets et un langage direct d’appréhender une théorie certes complexe, mais porteuse de réels espoirs.

«The capability approach», Rapport du Séminaire de 2012, 160 pages, à commander auprès de: maria.vazques@moc.be

samedi 22 décembre 2012

Schizophrénie de la Commission européenne

Peut-être avez-vous lu comme moi les derniers chiffres publiés par Eurostat, la direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique. Interpellant. En un an, de 2010 à 2011, la pauvreté a progressé de 0,8% dans l’Union. On dénombre désormais 120 millions de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit un quart de la population européenne (24,2 %). Avec des variantes suivant les pays, certes. La Bulgarie déplore 49 % de personnes précarisées, une sur deux ! La Belgique s’en sort «plutôt bien», avec 21 %, soit plus d’une personne sur cinq, et une augmentation de 0,2%. Pendant ce temps, la Commission européenne ambitionne toujours de (faire) respecter ses objectifs pour 2020: réduire de 20 millions (25 %) le nombre de personnes précarisées. Et cela, tout en diminuant drastiquement les budgets sociaux alloués à l’intégration sociale, comme on peut le lire dans l’article de Bart Vanhercke, Ramón Peña-Casas et Matthieu Paillet publié dans la revue Démocratie du 15 décembre dernier. Et tout en poursuivant aveuglément les politiques d’austérité budgétaire dans l’ensemble de la zone euro. Ces trois auteurs parlent de « schizophrénie » européenne. J’ignore s’ils sont diplômés en psychiatrie, mais je me demande si leur diagnostic ne devrait pas être étendu. Une récente étude a révélé qu’un Belge sur trois est exposé à un stress élevé au travail. Une proportion en constante progression, elle aussi. Ce qui n’empêche qu’on continue à nous imposer de travailler encore plus pour gagner toujours moins, tout en laissant de plus en plus de personnes sur le carreau du chômage et en enrichissant sans cesse quelques actionnaires nantis. Je ne suis pas psychiatre, c'est certain, mais à «schizophrénie», j’ajouterais... «hallucinatoire». Pas vous?

lundi 3 décembre 2012

Espagne: voir la vie en rétréci...

« Je vois la vie en rétréci », témoignait, il y a peu, une jeune mère de famille espagnole. Autrefois, elle aimait l’art, les musées. Aujourd’hui, elle a perdu son emploi. Elle se contente d’un café, tous les matins, avec sa mère qui tente de lui venir en aide.
Depuis la crise, des centaines de milliers d’Espagnols ont vu leur vie rétrécir de la sorte, souvent réduite à la seule survie. Le chômage frappe plus d’un actif sur quatre dans le pays. Et, depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, plus de 350.000 propriétaires ont été expulsés de leur logement dont ils ne parvenaient plus à payer les traites. La maison ou l’appartement, en Espagne, sont le socle de la famille. On ne s’y marie souvent qu’après avoir trouvé un toit. Ce qui explique que 83% des Espagnols sont propriétaires de leur habitation. Et ce qui a poussé deux personnes à se donner la mort peu avant l’arrivée des huissiers. Le 25 octobre, José Luis Domingo a été retrouvé pendu dans le sud du pays. Le 9 novembre, Amaya Egana, une ancienne élue socialiste s’est suicidée au Pays basque. Pour eux, il n’était pas possible de rétrécir la vie davantage. D’autres, comme cette mère de famille menacée d’expulsion qui a mis ses organes en vente sur internet, tentent de repousser les limites de la survie au-delà du supportable. Il a fallu ces drames et une vague d’indignation pour que les banques ibériques suspendent les expulsions. Tardif et court répit. Un bref répit, c’est ce qu’ont connu, chez nous aussi, 18 demandeurs d’asile déboutés. Faute de budget, les avions qui devaient les rapatrier en Albanie et en Grande-Bretagne sont restés cloués au sol. La crise peut aussi avoir du bon, serait-on tenté de sourire... Mais je ne sais pourquoi, cette fois, le sourire ne vient pas.

mercredi 14 novembre 2012

Ce si délicieux humour du gouvernement papillon

Novembre, le froid tombe, la grisaille s’installe, l’heure d’hiver nous plonge dans l’obscurité. Novembre, le mois de la déprime, est le moment idéal pour nous rappeler que les temps sont durs. Avec 4 milliards d’euros à trouver pour atteindre les objectifs européens de stabilité en 2013, le gouvernement fédéral en sait quelque chose. Pourtant, l’équipe d’Elio Di Rupo ne se laisse pas emporter par la morosité ambiante. On pourrait même dire que le gouvernement « papillon » fait preuve d’une bonne dose d’humour ces dernières semaines. Tenez, il a choisi la date du premier novembre, jour de Toussaint, veille de fête des morts, pour mettre en œuvre la dégressivité des allocations de chômage. Joli clin d’œil à ces milliers de demandeurs d’emploi qu’il espère encourager de la sorte à rechercher activement un travail alors même que le pays vient d’enregistrer un record de faillites. Depuis le début de l’année, 9.156 entreprises ont fermé leurs portes, ce qui a entraîné la suppression de près de 19.000 postes de travail. Tout aussi amusant, pour renflouer les caisses de l’État, l’équipe Di Rupo envisage une hausse de la TVA à 22 % ce qui, selon le secteur de la distribution, pourrait entraîner la perte de 4.500 emplois dans ce seul secteur, soit autant que le nombre de travailleurs de Ford Genk. Et on n’a pas fini de rire, puisque le gouvernement songe aussi à un saut d’index qui d’après la FGTB représenterait, sur une carrière complète et pour un salaire moyen, une perte sèche de 25.000 euros ! Comme quoi humour et bon goût ne vont pas toujours de pair. N’eût-il pas été de bon goût, par exemple, d’envisager une révision des intérêts notionnels, ou une taxation des plus-values en capital ? Même au fédéral, on ne peut pas rire de tout...

samedi 3 novembre 2012

Recette de chou farci au saumon et fromage de chèvre

Voici une recette que m'a inspiré le film de Christian Vincent, "les saveurs du palais", avec la délicieuse Catherine Frot. Il s'agit d'une adaptation très libre, et probablement bien moins goûteuse, de la recette originale de Danièle Mazet-Delpeuch, mais je la trouve à la fois légère, savoureuse et simple à préparer pour un effet très visuel. Bref, j'aime, ce qui me motive à la décrire ci-après. Commentaires et suggestions d'amélioration bienvenus, évidemment...

Prenez:
- un chou vert frisé, relativement petit,
- 300 grammes de saumon fumé en tranches,
- un bloc de fromage de chèvres frais, ou un bloc de Boursin aux herbes, suivant le goût,
- un oignon, une carotte, un bouquet garni, un cube de bouillon de poisson
- sel, poivre


Éliminez les feuilles extérieures du chou. Faites le blanchir en entier dans de l'eau bouillante où vous aurez ajouté du bicarbonate (blanchir deux fois quatre minutes d'affiliée pour le rendre plus digeste, m'apprend-on). Pour le blanchir à coeur, au bout d'une dizaine de minutes, enlevez les feuilles extérieures, puis replongez dix minutes dans l'eau.
Disposez une étamine dans un plat arrondi, en veillant à ce que votre étamine dépasse suffisamment pour pouvoir la nouer ensuite. Attention, si vous prenez un torchon, veillez à ce qu'il n'ait pas été lessivée avec un savon de lessive qui risquerait de donner son goût.
Détachez délicatement les feuilles du chou, en enlevant les bases fermes. Et tapissez le fond du plat d'une première couche de feuilles se chevauchant, de façon à pouvoir redonner la forme d'un chou.
Sur cette première couche, étalez un peu de fromage frais de chèvre. Poivrez et salez très légèrement (attention, le saumon fumé est déjà bien salé).
Disposez par-dessus les tranches de saumon, de façon à former une couche uniforme.
Tapissez d'une nouvelle couche de feuilles de chou et ainsi de suite jusqu'à remplir l'espace du plat.
Serrez bien l'étamine ensuite et nouez-la fermement en formant une boule.
Plongez l'étamine et son contenu dans un court-bouillon préparé avec l'oignon, la carotte, le bouquet garni et le bouillon de poisson. Laissez cuire à petite ébullition pendant 15 minutes, puis  retournez et laissez encore cuire dix minutes.
Défaites l'étamine et coupez délicatement en parts à disposer sur les assiettes.

Servez avec des pommes de terre nouvelles au persil, par exemple. Et quelques carottes en légumes.

mardi 23 octobre 2012

Voir Venise et... courir

Plus les jours passent et plus je me demande ce qui m'a pris de m'inscrire à ce fichu marathon de Venise, le 28 octobre prochain. Mes genoux aux cartilages qui se désagrègent ne me permettent pourtant plus ce genre d'aventure. Et je ne me suis pas entraîné sérieusement, emporté par les vagues plus ou moins festives de la vie et de ses désappointements. J'ai recommencé à piquer des cigarettes aux copains, j'ai enchaîné les matins de gueule de bois, et les nuits à guetter le sommeil. Mes coéquipiers m'ont répété que je ne suis pas assez sérieux. Une collègue a rêvé de moi paralysé pour plusieurs mois. Une amie m'a précisé que Venise est réputé le marathon le plus difficile. Une autre, pourtant férue de jogging, m'a traité de fou. Mon ancien chef, bête de compétition, vient de se faire opérer du genou. Mon osthéo a fait la grimace. Mon médecin m'a envoyé chez le cardiologue. Ma mère a fui en vacances à l'étranger. Et mon patron me fait des misères, mais ça, c'est une autre histoire. Plus la date fatidique approche, donc, plus l'angoisse monte. Et si mes genoux cèdent, et si mon coeur lâche, et si mes jambes se coupent, et si mon rêve se brise à quelques foulées de la ville romantique? Et si je devenais raisonnable, et si je n'avais plus de rêves, et si je renonçais à voir Venise et mourir? Alors, sans doute, je serais déjà mort.

lundi 1 octobre 2012

Depuis le temps que je n'avais plus allumé la télé...

Ça faisait un moment que je n'avais plus allumé la télévision. J'avais bien lu les programmes, en fin de mon journal, l'une ou l'autre fois. Et les avais refermés sans trop d'entrain, à chaque fois. Pas envie de regarder un film doublé, criard et violent, ou une série qui en est déjà à son vingt-huitième épisode de la septième saison, un talk-show dont le seul suspens sera de savoir qui dira le plus de mal des autres, un match de foot aux enjeux financiers décidément indécents, une télé crochet qui, malgré toutes mes tentatives, ne parvient pas à m'accrocher, un feuilleton français sirupeux et dégoulinant de bons sentiments, une télé réalité où tout est faux sauf le maquillage. Bref, écran plat ou pas (en l’occurrence), ça faisait donc un très long moment que je n'avais plus allumé la télévision. Et puis ce soir, rentré tôt, de bonne composition, le téléphone éteint, le repas presque prêt, je me suis offert de regarder le JT. Grand luxe ou retour à la civilisation, j'hésite encore sur la nature de ma démarche.
Reste que j'ai franchi le pas, prudent, certes, et dans un registre connu. Le JT est l'émission la plus regardée, et la plus critiquée, aussi, corollaire de son succès. Je pouvais m'y engager sans trop prendre de risque et avec tout le loisir d'exprimer ensuite mon (f)lot de critiques, colères, indignations, soupçons de partialité, de manque de déontologie, d'excès de populisme, d'amateurisme et d'autres mots en "isme", comme disait la chanson de l'Eurovision. Bref, j'étais prêt... et puis rien. Rien à redire d'un JT plutôt bien présenté, correctement équilibré, assez critique, pas trop racoleur, ni poujadisme, ni populiste, ni communiste, ni socialiste, ni capitaliste, ni écologiste, ni aucun mot en "iste". Bref, j'étais tout à coup prêt à garder la télé allumée toute la soirée... jusqu'à ce que le JT se referme sur un premier tunnel de publicité. Je vous passe les détails. J'ai craqué au troisième spot. J'ai éteint la télé. Et pour un bon moment, je le crains. C'est con.

mardi 18 septembre 2012

Bienvenue riche con

Bernard Arnault, la plus grosse fortune de France, le patron du luxe et de l'inutile, l'homme qui murmurait à l'oreille du président Sarkozy, Bernard Arnault donc veut devenir belge... tout en restant français. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe, début septembre, en France, où Libé a osé titrer "Casse toi riche con!", comme en Belgique, où l'édito de La Libre affichait fièrement "Bienvenu, M. Arnault". On a beaucoup commenté la Une de Libé, l’estimant tantôt excessive, tantôt vulgaire ou partisane. On s’offusqua moins des éditos successifs de La Libre Belgique, pourtant autrement indécents. A l'heure où le débat sur les naturalisations se crispe sous la pression d'une droite qui veut même empêcher les familles de se regrouper par delà les frontières, il est choquant de se réjouir qu'un homme cumule les nationalités dans le seul but d'accumuler les milliards. Pour M. Arnault la Belgique n'est qu'un moyen, alors que pour des milliers de migrants elle est l'aboutissement d'une longue et douloureuse quête d'une vie digne. Sa demande de naturalisation est presque insultante. Loin de moi l'idée d'opposer le "mauvais riche" au "bon pauvre". Mais comparer, comme le fit la même Libre Belgique, ce milliardaire qui a largement usé des subventions publiques et des fermetures d'usines pour construire son empire à des "des entrepreneurs - des hommes et des femmes qui prennent des risques et créent de l’emploi dans notre pays" est d'une malhonnêteté intellectuelle inquiétante. La même malhonnêteté qui anime celles et ceux qui depuis des décennies dénoncent la rage taxatoire qui frapperait les entrepreneurs belges. De ce point de vue, merci M. Arnault. Votre démarche démontre au contraire que la Belgique est un paradis fiscal pour grosses fortunes. Peut-être ferez-vous avancer le débat malgré vous... Si c'est le cas, "Bienvenue riche con"!

lundi 27 août 2012

Le graffiti comme arme d’indignation

Du printemps arabe au printemps érable, de la place Tahrir à celle de Syntagma, des foules se forment, des poings se lèvent, des pouvoirs chancellent, parfois. Ce vent de révolte contre des régimes corrompus et les injustices du modèle capitaliste inspire une nouvelle génération d’artistes de "street art". Les graffitis sont repartis à l’assaut des villes et envahissent aussi le net, porteurs de nouveaux messages politiques, mais des mêmes éternelles aspirations à la liberté et la justice. Tour d’horizon, en quelques tags.


Si de tout temps l’homme a entaillé la pierre ou le bois pour y marquer sa trace, on situe souvent l’apparition du graffiti dans l’antiquité, en Grèce notamment, d’où nous sont parvenus quelques «pubs» pour prostituées, slogans politiques ou messages d’amour. C’est leur dimension clandestine qui donne à ces mots, à ces dessins, leur qualité de réels «graffitis», à l’inverse des peintures rupestres, par exemple, qui étaient peut-être voulues par l’ensemble de la communauté.
Clandestins, illégaux, rebelles, les graffitis ont proliféré dans les villes en périodes de tensions ou de crise: à la Révolution française, pendant la Seconde Guerre mondiale – avec le fameux V de la victoire proposé par l’ancien ministre belge Victor de Laveleye – sur les murs de Paris, à la Sorbone, en mai ’68 ou celui de Berlin, côté ouest s’entend, de 1961 à 1989.
Mais c’est aux États-Unis, à Philadelphie dès 1969 puis rapidement à New York que les graffitis se sont inscrits en polychromie dans la ville, à coups de bombes de peintures aérosol initialement destinées à la carrosserie. Ils furent d’abord « tags », simples signatures de jeunes des quartiers défavorisés qui voulaient signaler leur existence. Avec le mouvement hip-hop, ils se sont peu à peu complexifiés, calligraphiés, colorés, pour devenir fresques à part entière. Ils ont fleuri sur les rames de métro, pour circuler et être vus par le plus grand nombre, avant d’attaquer les murs des édifices et de subir dès 1972 une première répression organisée par le maire de New York. Les graffitis ont investi les galeries d’art dès 1980 aux côtés d’artistes comme Andy Warhol. Et sont apparus, à la même époque, sur les façades parisiennes, importés par des jeunes branchés des beaux quartiers. Il a fallu des mois pour qu’ils gagnent ensuite les banlieues et colorent les premières rames de métro parisien. Honnis par une bonne part de la population, traqués par la police, les «writers» comme disent les Américains, ou les « graffeurs » ont retrouvé du souffle au tournant du millénaire avec l’apparition de nouvelles bombes et de nouvelles techniques d’écriture. Mais leur second printemps pourrait bien être arabe, et replonger dans les racines du mouvement: la contestation politique.

 

Révolution graffiti

C’est en Tunisie que le vaste mouvement de protestation a pris naissance après que Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant, se fut immolé par le feu le 17 décembre 2010 devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid. Pourquoi là ? Sociologues et politologues auront à cœur d’identifier les causes. Reste que sur le plan de la contestation culturelle, la Tunisie était l’un des pays les plus en retrait de la région. Peu de bars, guère de scène alternative, et pas vraiment de tradition du graffiti, en dehors de quelques rares artistes underground et des célèbres tags que les supporters de foot peignaient sur les murs pour marquer leur territoire. « Je me suis toujours demandé pourquoi il n’y a pas de graffitis à Tunis! Pourquoi les murs sont ou bien sales ou bien blancs » s’interrogeait le blogueur Zizou from Djerba en 2005 (1). Six ans plus tard, les murs de la ville se sont trouvés littéralement repeints, sans aucune économie de couleurs. Les graffitis ont envahi toutes les surfaces et abordé toutes les thématiques : la dictature, bien entendu, mais aussi le chômage, l’isolement des jeunes, l’opposition entre laïcs et religieux. Et nombre de ces tags ont évolué vers des graffitis complexes et colorés, intégrant, comme on le verra dans d’autres pays arabes, des éléments de calligraphie arabesque qui leur donnent aujourd’hui leur originalité, et renforce l’intérêt des marchands d’art. Les partis politiques aussi ont suivi le mouvement, utilisant même des graffitis pendant la campagne électorale.
Photo au Caire - Stéphane Balme
En Égypte aussi, où le printemps s’est rapidement propagé, le «street art» était quasi inexistant sous Moubarak en dehors des noyaux durs de supporters de foot. Et en Égypte les graffitis s’y sont déployés aussi dès les premiers jours de la révolte. On garde en souvenir les tags audacieux que des manifestants peignaient sur les blindés arrêtés sur la place Tahrir au Caire. Certes, dans un premier temps, les militaires ont eu à cœur de recouvrir les tags du jour sous une couche de peinture blanche, mais les graffeurs étaient plus nombreux, plus inventifs, utilisant le pochoir pour travailler plus vite et reproduire leur message à l’envi. Et puis, les manifestants ont su mobiliser les réseaux sociaux. Photographiés à l’aide de téléphones portables, les graffitis ont circulé sur la toile, pour être vus par un maximum de personnes alors que souvent, par souci de sécurité, leurs auteurs restaient anonymes... un comble pour des graffeurs!
La prudence s’est même imposée comme condition de survie pour bien des graffeurs libyens. Fin mars 2011 en effet, Kais Ahmed Al-Hilali, lKAIS de son nom d’artiste, fut exécuté par les forces pro-Kadhafi dans la ville de Benghazi où il avait exécuté des caricatures de Mouammar Kadhafi. L’affaire fit grand bruit, jusque sur les antennes de CNN. Il est vrai que Kadhafi a été une source d’inspiration intarissable pour les graffeurs contestataires ; tantôt représenté en rat, tantôt en poulet, serpent, singe, Hitler, tortionnaire, ou... en Juif. Car on a dénombré de très nombreux tags antisémites dans les zones contrôlées par les rebelles libyens, révélateurs du climat raciste que le colonel avait fait régner dans le pays pendant des décennies, avant que des rumeurs courent sur sa propre ascendance. « L’art de la révolution de la rue reflète les courants sociaux qui datent d’avant le soulèvement » analysait très justement le New York Times (2). Reste que l’espoir constitue un autre fil rouge des tags libyens, pendant la révolte et bien après encore. Espoir, dans la ville sinistrée de Yefren où quelques habitants ont transformé les ruines de l’ancienne « maison du peuple » en musée de la liberté, dont les graffitis ornent les murs intérieurs et extérieurs. Et à Benghazi, où en novembre, Handicap international a lancé un concours de graffitis pour sensibiliser à l’utilisation des armes qui bien après les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles ont continué à faire morts et blessés. À Tripoli, enfin, où en mars dernier, une première exposition consacrée au «street art» a été organisée à la galerie d’art Dar Al-Fagi, rassemblant quarante oeuvres et autant de messages de liberté et de démocratie.

 

Internet, un mur réel...

Si l’image a été un élément clé des révoltes arabes, c’est aussi parce qu’elle a connu cette formidable caisse de résonnance qu’est internet. Des bibliothèques virtuelles ont permis de faire connaître les messages de graffeurs bien au-delà des rues de Tunis ou des places du Caire. Et, à l’inverse, internet a aussi permis de mobiliser des graffeurs sur le terrain. L’histoire retiendra sans doute ces « semaines du graffiti » lancées à l’appel d’activistes et d’internautes. L’idée de consacrer sept jours aux graffitis a germé en Égypte en janvier dernier. L’initiative, appelée «la semaine du graffiti violent», se voulait radicale, motivée sans doute par une répression forte et une importante désillusion face aux élections. Un deuxième appel a été lancé début avril, à destination de l’Iran, sous le nom de «Mad graffiti week for Iran». Il s’agissait de soutenir les prisonniers politiques opposants à Mahmoud Ahmadinejad. Dans la foulée, les réseaux sociaux syriens ont lancé un troisième appel à une «semaine des graffitis de la liberté», à la fois en Syrie et dans l’ensemble du monde arabe. Plus pacifique, cette semaine du 14 au 21 avril ambitionnait d’opposer un message de paix aux discours belliqueux tenus par tous les camps du conflit syrien.

 

D’Athènes à Montréal

Ce dynamisme créatif a même réveillé les pavés et les murs de villes comme Athènes ou Montréal, pourtant héritières d’une plus longue tradition de «street art». À Montréal, la colère des étudiants contre la hausse du prix des études et le cynisme du gouvernement libéral est certes symbolisée par le carré rouge. Les manifestants le portent au revers pour dire qu’il seront « dans le rouge », tout en frappant sur des casseroles. Mais partout, on voit aussi resurgir les graffitis, et surtout des peintures au pochoir, appelant à la résistance, dénonçant les affres du capitalisme, réclamant l’ouverture des frontières. Le 23 mai dernier, des membres du collectif «No Borders» ont remplacé une centaine d’affiches publicitaires dans des bornes d’affichage par des oeuvres d’art et des messages en appui à la grève étudiante et à la justice migrante. Plus tôt, le collectif « Maille à part » s’est fait remarquer dans sa lutte anticapitaliste par l’habillage de différents lieux publics à l’aide de graffitis textiles ; une façon de revendiquer la démocratisation de l’art et de la culture. Car « attaquer l’éducation, c’est s’attaquer à la culture », rappelait l’union des artistes québécois dans une lettre de soutien aux étudiants grévistes (3).
Enfin Athènes, «berceau du graffiti», ne s’est jamais totalement départie, semble-t-il, de ce mode de contestation ancestral. L’occupation nazie puis le régime des Colonels dès 1967 ont ravivé la tradition. Et aujourd’hui chaque quartier de la ville offre ses spécificités, révèle ses propres artistes muraux. Au début de ce millénaire, pendant les années prospères, non contentes de fermer les yeux sur les graffitis illégaux, les autorités publiques sont allées jusqu’à commander de gigantesques fresques urbaines. Puis, en 2008, après les émeutes qui ont suivi la mort d’un adolescent tué par la police, les graffitis ont regagné de vigueur et de force politique. Le mouvement s’est accentué jusqu’aux grandes manifestations anti austérité qui se sont multipliées depuis mai 2010. Les styles et les supports ont explosé, passant du grinçant au burlesque, du pochoir au papier collé, sans oublier l’hyper-réalisme qui étale sur les murs l’objet emblématique de la lutte contre la police : le masque à gaz. Même l’un des artistes les plus connus, Sonkè, qui travaillait bien avant les grandes manifs, a vu ses célèbres silhouettes de femmes prendre des accents plus graves. Ses «princesses» ont perdu le goût du luxe.
En 2009, l’historien de la photographie, André Rouillé, mettait en garde contre l’entrée des graffitis dans les musées et sur le marché de l’art, passant d’une «esthétique du risque à une esthétique sans risque»(4). Pour lui, le graffiti a pour originalité d’être la seule création picturale dont le motif principal est la signature du peintre. Une signature par laquelle les jeunes new-yorkais disaient « j’existe » et à travers laquelle des artistes de renom ont écrit « ils ont le droit d’exister » sur les murs de la honte à Berlin ou en Palestine, comme le fit récemment le graffeur britannique Banksy à l’insu des caméras de surveillance et au mépris des détecteurs de mouvements israéliens. Banksy dont on a récemment signalé plusieurs oeuvres toutes fraîches sur les murs de Toronto, mettant notamment en scène... des policiers en uniformes.
Le graffiti perd-il son âme dès lors qu’il entre dans un musée ? Le débat n’est peut-être pas là. Peut-être le graffiti retrouve-t-il ses lettres de noblesse lorsqu’il exprime ce besoin d’exister, cette soif de liberté et de respect. L’avenir nous dira quelles seront ses prochaines sources d’inspiration.


4. André Rouillé, «Le graffiti, une pratique de soi», Paris Art, Édito n°291, mai 2009
Voir aussi ce qui se passe au Kenya

jeudi 23 août 2012

C’est pas beau le sport ?


C’est de bonne guerre. Des événements aussi importants que les Jeux olympiques, aussi retentissants, et fondés sur des valeurs si fortes que l’esprit sportif, la participation ou l’échange culturel sont de trop belles occasions de faire valoir l’une ou l’autre revendication, de dénoncer certains abus, de rappeler que le monde n’est pas aussi fair-play que le flegme britannique pourrait le laisser espérer.

"Le Parisien"
Il y eut donc, à la veille de l’ouverture des Olympiades 2012, les menaces de grève des douaniers et des cheminots londoniens. Il y eut l’écœurement des sidérurgistes et syndicalistes wallons après l’annonce que le patron d’Arcelor-Mittal, responsable de la fermeture des hauts fourneaux liégeois, porterait la flamme olympique de Kensington à Chelsea. Il y eut les dénonciations par des plates-formes comme achACT des conditions de travail inacceptables chez certains sous-traitants chinois, turcs ou indonésiens de sponsors officiels des jeux, comme Adidas, ou de la délégation belge, comme JBC. Et de la passivité du COIB. Il y eut aussi le désarroi des 3.500 athlètes musulmans tiraillés entre l’envie de gagner la compétition et l’obligation de respecter le jeûne du Ramadan. Il eut sans doute été trop compliqué de déplacer de quelques semaines les dates des Jeux entre Roland Garros, l’Euro 2012, Wimbledon, le Tour de France et les courses de formule 1... On me taxera peut-être de mauvais coucheur. On m’accusera à juste titre de n’apprécier que très modérément ces grands-messes où l’on exhibe autant le fric que le muscle. Allez, à mon tour d’être fair-play: cette année, et pour la première fois, le Qatar, le sultanat du Brunei et même l’Arabie saoudite ont envoyé des athlètes féminines aux JO. C’est pas beau le sport?

lundi 9 juillet 2012

Et si on mettait la voiture en vacances?

D’accord, tout le monde n’a pas la chance d’être en vacances pendant deux mois d’affilée en été. Mais bon! Pour des milliers de navetteurs, l’été, même sur la route du travail, c’est quand même un peu les vacances... Pensez donc ! D’après Bruxelles-Mobilité, le trafic automobile diminue de 20 % pendant juillet et août. Ça fait un cinquième de voitures en moins sur les grands axes vers la capitale. On comprend, à ce taux-là, que l’Agence flamande des routes, la Sofico wallonne ou Bruxelles-Mobilité choisissent l’été pour programmer les chantiers importants de rénovation de notre admirable réseau routier. Cet été ? La réfection du viaduc de Beez, du viaduc de Lavoir et de celui de Boirs sont en tête d’une trentaine de chantiers wallons qui ont débuté en juin déjà. Le viaduc de Vilvoorde en rénovation du 20 juin au 7 septembre sera le clou des travaux flamands, qui affecteront aussi Anvers et la E19. Et à Bruxelles, c’est florilège. Il y a la fermeture des tunnels Loi et Cinquantenaire, sans parler de la rénovation du tunnel du boulevard de la Woluwe, celle du viaduc Reyers, en ce compris le tunnel du même nom. J’en passe. Et puis, tous les dimanches d’été, la ville de Bruxelles a décidé que le boulevard Anspach sera temporairement fermé entre De Brouckère et Fontainas pour permettre des pique-niques urbains. Sans compter que désormais les cyclistes pourront brûler certains feux... Bref, cette année, l’été sur les routes belges risque de ressembler à tout, sauf à des vacances. Heureusement, selon l’Institut Belge pour la Sécurité Routière tout devrait rentrer dans l’ordre pour le dimanche 16 septembre: journée sans voiture. D’ici là, en voiture, en bus, en train, à vélo ou à pied, je vous souhaite quand même d’excellentes vacances ! Pour ce qui me concerne, ce sera vélo, comme tout au long de l'année, puis marche à pied...

mardi 12 juin 2012

«Facebook est gratuit...», mais le sera-t-il toujours?


Si vous faites partie des 900 millions de membres du célèbre réseau social, vous connaissez sûrement ce slogan rassurant: «Facebook est gratuit et le sera toujours». Vu l’attachement des internautes à la gratuité, cet avertissement en page d’accueil du site relève d’ailleurs du bon sens. Pour garantir cette gratuité, Facebook a surtout misé sur la publicité, ciblée en fonction du profil des utilisateurs, qui représente environ 85% de son chiffre d’affaires.
Car l’entreprise de Mark Zuckerberg n’a rien d’une oeuvre caritative. Elle affichait au dernier exercice un bénéfice net d’environ un milliard de dollars... ce qui l’a poussée vers Wall Street et le Nasdaq. Facebook est donc entré en bourse de New York le 18 mai dernier. Les jours précédents, les spéculations allaient bon train dans les milieux informés. On annonçait l’action à 35 ou 38 dollars et une valorisation à plus de 104 milliards de dollars au total... pour un service, rappelons-le, tout à fait virtuel. Un record certes, mais totalement déraisonnable. Sachant que Facebook affichait en 2011 un chiffre d’affaires de 3,7 milliards de dollars et en tablant sur le fait que ce chiffre doublerait tous les ans - ce qui est optimiste -  un journaliste du magazine «Fortune» a calculé qu’il faudrait 6 ans pour rentabiliser l’investissent. Complètement irrationnel, lorsque l’on se rappelle que les investisseurs veulent des retours élevés et surtout rapides. Pourtant, l’enthousiasme n’a pas faibli à la veille des premières cotations boursières, et le prix de départ du titre a bien été fixé à 38 dollars. Car dans le monde merveilleux de la finance débridée, on n’achète pas des actions parce qu’on pense que l’entreprise va décupler ses bénéfices, on investit si l’on croit qu’on trouvera quelqu’un prêt à racheter ces actions plus chères qu’on les a payées. On appelle cela de la spéculation. Spéculation qui contribue à gonfler des «bulles» prêtes à exploser au premier revers.
Ce revers, des spécialistes de l’économie du Net comme Jeffrey Cole ou Eric Jackson l’annoncent d’ici 5 à 8 ans. Lorsque Facebook et Google seront peut-être détrônés par des services mieux adaptés à la nouvelle configuration d’internet, pour les mobiles ou pour toute autre évolution. Mais Facebook vient de rassurer les spéculateurs en confirmant - outre le mariage très à propos de Mark Zuckerberg - que désormais il ferait payer ses utilisateurs qui veulent être «plus visibles» sur la toile. Voilà qui serait un sérieux coup de canif à la sacro-sainte gratuité du service. Et peut-être une grossière erreur. Car si les internautes sont prêts à supporter des fenêtres publicitaires plus ou moins intrusives en compensation de services gratuits, on imagine mal qu’ils seront prêts à payer «deux fois»: le service plus la publicité. Après tout, ce sont eux, leurs amis, et les amis de leurs amis qui constituent le formidable carnet d’adresses et la valeur ajoutée de Mark Zuckerberg...