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mercredi 30 octobre 2013

Tant que l'on érigera le travail en valeur suprême et l'argent comme seule marque de réussite...

Certains jours, je me dis que je deviens vraiment un vieux con. Tellement con que je me demande comment je supporterai encore ce monde à 70 ou 80 ans, si j'arrive jusque là. Déjà, je ne peux plus encaisser les automobilistes qui déboitent sans clignotant; ceux qui qui se calent une fois pour toutes à 120 sur la bande du milieu; ceux qui remontent les files pour se rabattre au dernier moment, avec ou sans clignotant. Je m'énerve contre la musique et les pubs débiles qu'on déverse à gerbes continues dans ma salle de sport. Je fulmine contre les entraineurs qui ne s'adressent qu'aux jolies filles et vous nient la tronche. Je méprise les jeunes bodybuildés qui s'invectivent à travers la salle comme s'il n'y avait qu'eux et se tâtent les pectoraux hypertrophiés que je soupçonne inversement proportionnés à la somme de leurs neurones. Mais je ne parviens toujours pas à raffermir ma poitrine...
Et je deviens d'autant plus con que je ne trouve pas de remède à ma connerie, sinon le rêve d'aller finir mes jours à la montagne. D'autant plus illusoire que je n'en aurai bien sûr jamais les moyens, à force de jobs à durée déterminée et de salaires tout juste décents. Mais pourquoi la montagne? J'ai l'impression d'y être né, c'est presque vrai. C'est là, sans doute, que j'ai vécu les moments les plus intenses de mon existence. Depuis l'enfance, et sur une paire de skis depuis bientôt trois ans. Mais ça n'explique pas tout. La montagne, c'est aussi, à mes yeux, le règne du dépouillement. Un sommet, on le gravit avec ses jambes, une dose d'humilité et de bonnes chaussures, certes, mais bien rodées. On s'en fout du dernier cri. Une piste noire, ça se dévale avec un peu de folie, une boule dans le ventre, et une bonne paire de skis. Mais à cette vitesse, qui a le temps d'en noter la marque? Un sommet, comme une piste noire, une crête ou un lac glacé, ça reste - pour combien de temps encore? - une rencontre avec soi. Oh, je ne parle pas de se surpasser, de dépasser ses imites et ses peurs. Je me méfie de ces concepts de "team builders" qui ne voient que rentabilité. Je parle de cette capacité de s'émerveiller pour quelque chose qui n'a pas de prix. Quelque chose qui nous dépasse et nous grandit, au lieu de nous écraser. La beauté, quoi!
Pour moi, c'est juste l'inverse de ce monde où le vieux con que je suis ne se retrouve pas. Si les gens remontent les files dans leur BMW de société, s'ils roulent des mécaniques dans les salles de sport, s'ils ne rêvent que de célébrité et vêtements de marques, s'ils traitent les filles comme des paquets de viande, ce n'est pas tant qu'on ne leur a rien appris, certains ont même fait de brillantes études. C'est peut-être qu'on a oublié de les prendre pour des personnes, à force de les considérer comme des consommateurs juste bons à faire tourner un modèle qui ne profite qu'à quelques uns et laisse tous les autres, au mieux, dans l'illusion; au pire, dans la désolation.
J'entends partout, surtout à gauche, qu'il faut mettre le parquet sur l'enseignement. Et je lis, chez les mêmes, qu'il faut mettre la priorité sur l'emploi. Très bien, 25 ou 50% de jeunes au chômage c'est juste criminel. On est d'accord. Mais si l'on se contente de former des jeunes pour qu'ils trouvent de l'emploi, qu'aurons-nous gagné? D'autant qu'il n'y a pas assez d'emplois... Tant que l'on érigera le travail en valeur suprême, l'argent comme seule marque de réussite, la célébrité comme unique indice d'existence... je ne vois guère d'autre horizon que la montagne, dès lors que le sexe, et l'amour qui pourrait aller avec, deviennent aussi objets de consommation.
Mais en vieux con pas encore totalement sénile, je serais ravi d'avoir tort cette fois encore...


mercredi 24 avril 2013

Le "Printemps français" est en marche...

Et dire qu’il y en a qui appellent ça «le printemps»! Bon, c’est vrai que l’hiver a été long, et rigoureux. Faut le reconnaître. Et c’est vrai que la jeunesse tient désormais le haut du pavé; toute fraîche éclose, si propre sur elle, armée de bons sentiments, de smartphones, et connectée aux réseaux sociaux. C’est vrai que cette jeunesse découvre les joies de la transgression. C’est grisant, à vingt ans, de se mobiliser: de battre le rappel des troupes, de scander des slogans, de fabriquer des calicots, de s’indigner des soirées entières, de refaire le monde et de se faire de nouveaux amis dans les manifs. C’est dingue de planter des tentes en toute illégalité, puis de passer la nuit en garde à vue et de s’en vanter ensuite. Et comme c’est exaltant ce sentiment de construire dans la rue, et dans la fraternité, la République de demain... On se sent devenir adulte. Citoyen, même. Pour un peu, on se croirait revenu au joli mois de mai '68, lorsqu’un autre monde était possible, teinté de fleurs, de musique et de grands lits. Il est d’ailleurs beaucoup question d’amour dans les rangs des « manifs pour tous »: amour des enfants, surtout, de la famille, toujours, de Dieu, généralement. De l’autre ? Ça dépend... Mais qu’importe ! les couleurs sont vives, les revendications fortes, l’ambiance bon-enfant. Dans son refus du mariage homosexuel, la droite française a réussi le pari de porter enfin des revendications «positives». Il s’agit moins de manifester «contre» les gays que «pour» des valeurs prétendues justes, voire généreuses. C’est cela, sans doute, qui a séduit tous ces jeunes des beaux quartiers. Et qui est inquiétant... Où sont-ils, ces mêmes jeunes qui sont notre avenir, ces jeunes instruits et décomplexés, lorsqu’on tabasse des homos, lorsqu’on expulse des Roms, lorsqu’on ferme des usines, lorsque tant d’autres jeunes se battent pour un boulot, lorsqu’on exclut des familles du chômage, lorsqu’on exploite des enfants qu’ils prétendent pourtant défendre? Pas dans la rue, en tout cas. Le printemps est bien sombre cette année, ne trouvez-vous pas ?

mardi 22 janvier 2013

L'approche par les capabilités peut-elle inspirer une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté?

Souvenez-vous, l’année 2010 avait été décrétée « année européenne de lutte contre la pauvreté ». Généreuse intention qui, dans les faits, s’est traduite par une augmentation sévère de la pauvreté dans l’ensemble des pays européens. Avec son homologue flamand, l’ACW, le MOC a voulu que les belles intentions de l’époque ne restent pas lettre morte dans les archives de l’Union. Depuis bientôt trois ans, les deux organisations ont constitué un réseau, les  Alliances pour la lutte contre la pauvreté, qui rassemblent 11 mouvements sociaux, 10 syndicats, 16 chercheurs issus de 13 pays de l’Union. Ces Alliances ambitionnent de porter une série de revendications communes à la veille des élections européennes de 2014 en vue de changer radicalement les options politiques qui ne cessent de creuser les inégalités. L’une des originalités de la démarche est de proposer une nouvelle grille de lecture des inégalités et de la façon de les dépasser. Il s’agit de l’approche par les capabilités développée par le prix Nobel d’économie Amartya Sen. Cette approche qui réussit à concilier la complexité du monde avec une solide base de justice sociale et une démocratie renforcée peut-elle inspirer une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté ? Cette interrogation fut au centre d’un séminaire organisé par le MOC et l’ACW en janvier 2012. Un an plus tard, les actes de ce colloque viennent de paraître. Ils permettent, par des exemples concrets et un langage direct d’appréhender une théorie certes complexe, mais porteuse de réels espoirs.

«The capability approach», Rapport du Séminaire de 2012, 160 pages, à commander auprès de: maria.vazques@moc.be

samedi 22 décembre 2012

Schizophrénie de la Commission européenne

Peut-être avez-vous lu comme moi les derniers chiffres publiés par Eurostat, la direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique. Interpellant. En un an, de 2010 à 2011, la pauvreté a progressé de 0,8% dans l’Union. On dénombre désormais 120 millions de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit un quart de la population européenne (24,2 %). Avec des variantes suivant les pays, certes. La Bulgarie déplore 49 % de personnes précarisées, une sur deux ! La Belgique s’en sort «plutôt bien», avec 21 %, soit plus d’une personne sur cinq, et une augmentation de 0,2%. Pendant ce temps, la Commission européenne ambitionne toujours de (faire) respecter ses objectifs pour 2020: réduire de 20 millions (25 %) le nombre de personnes précarisées. Et cela, tout en diminuant drastiquement les budgets sociaux alloués à l’intégration sociale, comme on peut le lire dans l’article de Bart Vanhercke, Ramón Peña-Casas et Matthieu Paillet publié dans la revue Démocratie du 15 décembre dernier. Et tout en poursuivant aveuglément les politiques d’austérité budgétaire dans l’ensemble de la zone euro. Ces trois auteurs parlent de « schizophrénie » européenne. J’ignore s’ils sont diplômés en psychiatrie, mais je me demande si leur diagnostic ne devrait pas être étendu. Une récente étude a révélé qu’un Belge sur trois est exposé à un stress élevé au travail. Une proportion en constante progression, elle aussi. Ce qui n’empêche qu’on continue à nous imposer de travailler encore plus pour gagner toujours moins, tout en laissant de plus en plus de personnes sur le carreau du chômage et en enrichissant sans cesse quelques actionnaires nantis. Je ne suis pas psychiatre, c'est certain, mais à «schizophrénie», j’ajouterais... «hallucinatoire». Pas vous?

mercredi 14 novembre 2012

Ce si délicieux humour du gouvernement papillon

Novembre, le froid tombe, la grisaille s’installe, l’heure d’hiver nous plonge dans l’obscurité. Novembre, le mois de la déprime, est le moment idéal pour nous rappeler que les temps sont durs. Avec 4 milliards d’euros à trouver pour atteindre les objectifs européens de stabilité en 2013, le gouvernement fédéral en sait quelque chose. Pourtant, l’équipe d’Elio Di Rupo ne se laisse pas emporter par la morosité ambiante. On pourrait même dire que le gouvernement « papillon » fait preuve d’une bonne dose d’humour ces dernières semaines. Tenez, il a choisi la date du premier novembre, jour de Toussaint, veille de fête des morts, pour mettre en œuvre la dégressivité des allocations de chômage. Joli clin d’œil à ces milliers de demandeurs d’emploi qu’il espère encourager de la sorte à rechercher activement un travail alors même que le pays vient d’enregistrer un record de faillites. Depuis le début de l’année, 9.156 entreprises ont fermé leurs portes, ce qui a entraîné la suppression de près de 19.000 postes de travail. Tout aussi amusant, pour renflouer les caisses de l’État, l’équipe Di Rupo envisage une hausse de la TVA à 22 % ce qui, selon le secteur de la distribution, pourrait entraîner la perte de 4.500 emplois dans ce seul secteur, soit autant que le nombre de travailleurs de Ford Genk. Et on n’a pas fini de rire, puisque le gouvernement songe aussi à un saut d’index qui d’après la FGTB représenterait, sur une carrière complète et pour un salaire moyen, une perte sèche de 25.000 euros ! Comme quoi humour et bon goût ne vont pas toujours de pair. N’eût-il pas été de bon goût, par exemple, d’envisager une révision des intérêts notionnels, ou une taxation des plus-values en capital ? Même au fédéral, on ne peut pas rire de tout...

lundi 27 août 2012

Le graffiti comme arme d’indignation

Du printemps arabe au printemps érable, de la place Tahrir à celle de Syntagma, des foules se forment, des poings se lèvent, des pouvoirs chancellent, parfois. Ce vent de révolte contre des régimes corrompus et les injustices du modèle capitaliste inspire une nouvelle génération d’artistes de "street art". Les graffitis sont repartis à l’assaut des villes et envahissent aussi le net, porteurs de nouveaux messages politiques, mais des mêmes éternelles aspirations à la liberté et la justice. Tour d’horizon, en quelques tags.


Si de tout temps l’homme a entaillé la pierre ou le bois pour y marquer sa trace, on situe souvent l’apparition du graffiti dans l’antiquité, en Grèce notamment, d’où nous sont parvenus quelques «pubs» pour prostituées, slogans politiques ou messages d’amour. C’est leur dimension clandestine qui donne à ces mots, à ces dessins, leur qualité de réels «graffitis», à l’inverse des peintures rupestres, par exemple, qui étaient peut-être voulues par l’ensemble de la communauté.
Clandestins, illégaux, rebelles, les graffitis ont proliféré dans les villes en périodes de tensions ou de crise: à la Révolution française, pendant la Seconde Guerre mondiale – avec le fameux V de la victoire proposé par l’ancien ministre belge Victor de Laveleye – sur les murs de Paris, à la Sorbone, en mai ’68 ou celui de Berlin, côté ouest s’entend, de 1961 à 1989.
Mais c’est aux États-Unis, à Philadelphie dès 1969 puis rapidement à New York que les graffitis se sont inscrits en polychromie dans la ville, à coups de bombes de peintures aérosol initialement destinées à la carrosserie. Ils furent d’abord « tags », simples signatures de jeunes des quartiers défavorisés qui voulaient signaler leur existence. Avec le mouvement hip-hop, ils se sont peu à peu complexifiés, calligraphiés, colorés, pour devenir fresques à part entière. Ils ont fleuri sur les rames de métro, pour circuler et être vus par le plus grand nombre, avant d’attaquer les murs des édifices et de subir dès 1972 une première répression organisée par le maire de New York. Les graffitis ont investi les galeries d’art dès 1980 aux côtés d’artistes comme Andy Warhol. Et sont apparus, à la même époque, sur les façades parisiennes, importés par des jeunes branchés des beaux quartiers. Il a fallu des mois pour qu’ils gagnent ensuite les banlieues et colorent les premières rames de métro parisien. Honnis par une bonne part de la population, traqués par la police, les «writers» comme disent les Américains, ou les « graffeurs » ont retrouvé du souffle au tournant du millénaire avec l’apparition de nouvelles bombes et de nouvelles techniques d’écriture. Mais leur second printemps pourrait bien être arabe, et replonger dans les racines du mouvement: la contestation politique.

 

Révolution graffiti

C’est en Tunisie que le vaste mouvement de protestation a pris naissance après que Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant, se fut immolé par le feu le 17 décembre 2010 devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid. Pourquoi là ? Sociologues et politologues auront à cœur d’identifier les causes. Reste que sur le plan de la contestation culturelle, la Tunisie était l’un des pays les plus en retrait de la région. Peu de bars, guère de scène alternative, et pas vraiment de tradition du graffiti, en dehors de quelques rares artistes underground et des célèbres tags que les supporters de foot peignaient sur les murs pour marquer leur territoire. « Je me suis toujours demandé pourquoi il n’y a pas de graffitis à Tunis! Pourquoi les murs sont ou bien sales ou bien blancs » s’interrogeait le blogueur Zizou from Djerba en 2005 (1). Six ans plus tard, les murs de la ville se sont trouvés littéralement repeints, sans aucune économie de couleurs. Les graffitis ont envahi toutes les surfaces et abordé toutes les thématiques : la dictature, bien entendu, mais aussi le chômage, l’isolement des jeunes, l’opposition entre laïcs et religieux. Et nombre de ces tags ont évolué vers des graffitis complexes et colorés, intégrant, comme on le verra dans d’autres pays arabes, des éléments de calligraphie arabesque qui leur donnent aujourd’hui leur originalité, et renforce l’intérêt des marchands d’art. Les partis politiques aussi ont suivi le mouvement, utilisant même des graffitis pendant la campagne électorale.
Photo au Caire - Stéphane Balme
En Égypte aussi, où le printemps s’est rapidement propagé, le «street art» était quasi inexistant sous Moubarak en dehors des noyaux durs de supporters de foot. Et en Égypte les graffitis s’y sont déployés aussi dès les premiers jours de la révolte. On garde en souvenir les tags audacieux que des manifestants peignaient sur les blindés arrêtés sur la place Tahrir au Caire. Certes, dans un premier temps, les militaires ont eu à cœur de recouvrir les tags du jour sous une couche de peinture blanche, mais les graffeurs étaient plus nombreux, plus inventifs, utilisant le pochoir pour travailler plus vite et reproduire leur message à l’envi. Et puis, les manifestants ont su mobiliser les réseaux sociaux. Photographiés à l’aide de téléphones portables, les graffitis ont circulé sur la toile, pour être vus par un maximum de personnes alors que souvent, par souci de sécurité, leurs auteurs restaient anonymes... un comble pour des graffeurs!
La prudence s’est même imposée comme condition de survie pour bien des graffeurs libyens. Fin mars 2011 en effet, Kais Ahmed Al-Hilali, lKAIS de son nom d’artiste, fut exécuté par les forces pro-Kadhafi dans la ville de Benghazi où il avait exécuté des caricatures de Mouammar Kadhafi. L’affaire fit grand bruit, jusque sur les antennes de CNN. Il est vrai que Kadhafi a été une source d’inspiration intarissable pour les graffeurs contestataires ; tantôt représenté en rat, tantôt en poulet, serpent, singe, Hitler, tortionnaire, ou... en Juif. Car on a dénombré de très nombreux tags antisémites dans les zones contrôlées par les rebelles libyens, révélateurs du climat raciste que le colonel avait fait régner dans le pays pendant des décennies, avant que des rumeurs courent sur sa propre ascendance. « L’art de la révolution de la rue reflète les courants sociaux qui datent d’avant le soulèvement » analysait très justement le New York Times (2). Reste que l’espoir constitue un autre fil rouge des tags libyens, pendant la révolte et bien après encore. Espoir, dans la ville sinistrée de Yefren où quelques habitants ont transformé les ruines de l’ancienne « maison du peuple » en musée de la liberté, dont les graffitis ornent les murs intérieurs et extérieurs. Et à Benghazi, où en novembre, Handicap international a lancé un concours de graffitis pour sensibiliser à l’utilisation des armes qui bien après les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles ont continué à faire morts et blessés. À Tripoli, enfin, où en mars dernier, une première exposition consacrée au «street art» a été organisée à la galerie d’art Dar Al-Fagi, rassemblant quarante oeuvres et autant de messages de liberté et de démocratie.

 

Internet, un mur réel...

Si l’image a été un élément clé des révoltes arabes, c’est aussi parce qu’elle a connu cette formidable caisse de résonnance qu’est internet. Des bibliothèques virtuelles ont permis de faire connaître les messages de graffeurs bien au-delà des rues de Tunis ou des places du Caire. Et, à l’inverse, internet a aussi permis de mobiliser des graffeurs sur le terrain. L’histoire retiendra sans doute ces « semaines du graffiti » lancées à l’appel d’activistes et d’internautes. L’idée de consacrer sept jours aux graffitis a germé en Égypte en janvier dernier. L’initiative, appelée «la semaine du graffiti violent», se voulait radicale, motivée sans doute par une répression forte et une importante désillusion face aux élections. Un deuxième appel a été lancé début avril, à destination de l’Iran, sous le nom de «Mad graffiti week for Iran». Il s’agissait de soutenir les prisonniers politiques opposants à Mahmoud Ahmadinejad. Dans la foulée, les réseaux sociaux syriens ont lancé un troisième appel à une «semaine des graffitis de la liberté», à la fois en Syrie et dans l’ensemble du monde arabe. Plus pacifique, cette semaine du 14 au 21 avril ambitionnait d’opposer un message de paix aux discours belliqueux tenus par tous les camps du conflit syrien.

 

D’Athènes à Montréal

Ce dynamisme créatif a même réveillé les pavés et les murs de villes comme Athènes ou Montréal, pourtant héritières d’une plus longue tradition de «street art». À Montréal, la colère des étudiants contre la hausse du prix des études et le cynisme du gouvernement libéral est certes symbolisée par le carré rouge. Les manifestants le portent au revers pour dire qu’il seront « dans le rouge », tout en frappant sur des casseroles. Mais partout, on voit aussi resurgir les graffitis, et surtout des peintures au pochoir, appelant à la résistance, dénonçant les affres du capitalisme, réclamant l’ouverture des frontières. Le 23 mai dernier, des membres du collectif «No Borders» ont remplacé une centaine d’affiches publicitaires dans des bornes d’affichage par des oeuvres d’art et des messages en appui à la grève étudiante et à la justice migrante. Plus tôt, le collectif « Maille à part » s’est fait remarquer dans sa lutte anticapitaliste par l’habillage de différents lieux publics à l’aide de graffitis textiles ; une façon de revendiquer la démocratisation de l’art et de la culture. Car « attaquer l’éducation, c’est s’attaquer à la culture », rappelait l’union des artistes québécois dans une lettre de soutien aux étudiants grévistes (3).
Enfin Athènes, «berceau du graffiti», ne s’est jamais totalement départie, semble-t-il, de ce mode de contestation ancestral. L’occupation nazie puis le régime des Colonels dès 1967 ont ravivé la tradition. Et aujourd’hui chaque quartier de la ville offre ses spécificités, révèle ses propres artistes muraux. Au début de ce millénaire, pendant les années prospères, non contentes de fermer les yeux sur les graffitis illégaux, les autorités publiques sont allées jusqu’à commander de gigantesques fresques urbaines. Puis, en 2008, après les émeutes qui ont suivi la mort d’un adolescent tué par la police, les graffitis ont regagné de vigueur et de force politique. Le mouvement s’est accentué jusqu’aux grandes manifestations anti austérité qui se sont multipliées depuis mai 2010. Les styles et les supports ont explosé, passant du grinçant au burlesque, du pochoir au papier collé, sans oublier l’hyper-réalisme qui étale sur les murs l’objet emblématique de la lutte contre la police : le masque à gaz. Même l’un des artistes les plus connus, Sonkè, qui travaillait bien avant les grandes manifs, a vu ses célèbres silhouettes de femmes prendre des accents plus graves. Ses «princesses» ont perdu le goût du luxe.
En 2009, l’historien de la photographie, André Rouillé, mettait en garde contre l’entrée des graffitis dans les musées et sur le marché de l’art, passant d’une «esthétique du risque à une esthétique sans risque»(4). Pour lui, le graffiti a pour originalité d’être la seule création picturale dont le motif principal est la signature du peintre. Une signature par laquelle les jeunes new-yorkais disaient « j’existe » et à travers laquelle des artistes de renom ont écrit « ils ont le droit d’exister » sur les murs de la honte à Berlin ou en Palestine, comme le fit récemment le graffeur britannique Banksy à l’insu des caméras de surveillance et au mépris des détecteurs de mouvements israéliens. Banksy dont on a récemment signalé plusieurs oeuvres toutes fraîches sur les murs de Toronto, mettant notamment en scène... des policiers en uniformes.
Le graffiti perd-il son âme dès lors qu’il entre dans un musée ? Le débat n’est peut-être pas là. Peut-être le graffiti retrouve-t-il ses lettres de noblesse lorsqu’il exprime ce besoin d’exister, cette soif de liberté et de respect. L’avenir nous dira quelles seront ses prochaines sources d’inspiration.


4. André Rouillé, «Le graffiti, une pratique de soi», Paris Art, Édito n°291, mai 2009
Voir aussi ce qui se passe au Kenya

mercredi 30 mai 2012

Internet : cette (très) chère neutralité…

En novembre 2011, le Parlement européen a voté massivement une motion qui sonne comme un rappel à l’ordre. Le texte invite Neelie Kroes, Commissaire en charge de la Stratégie numérique, à agir rapidement en faveur de la neutralité d’Internet, lui reprochant un attentisme coupable. Pendant ce temps, les députés belges ont entamé diverses auditions en Commission des Communications, suite au dépôt de deux propositions de loi (PS et CD&V) visant à garantir « la neutralité du réseau » (1). Derrière ce concept un peu hermétique et nettement polémique se cache un réel enjeu démocratique.

À l’origine, il y eut l’Internet... ouvert. L’interconnexion de divers réseaux informatiques a permis à chaque utilisateur de recevoir et de diffuser tous les contenus de son choix, d’utiliser toutes les applications voulues et de connecter tous les équipements adéquats. «L’Internet ouvert renvoie ainsi à un espace qui n’est sous le contrôle d’aucun acteur en particulier…»(2). Grâce à cette ouverture du réseau des réseaux, nombre d’utilisateurs ont pu développer sans entrave ni autorisation les contenus et les services les plus divers et les proposer à l’ensemble des internautes. C’est ainsi qu’ont fleuri des acteurs devenus incontournables comme «Google» ou «Facebook» parmi un nombre incalculable d’innovations plus ou moins intéressantes, pertinentes, subversives.
Formidable lieu d’innovation économique donc, Internet est aussi, et peut-être avant tout, un extraordinaire espace d’expression politique, artistique, sociale, de tous ordres. Pour certains, l’apparition de la toile est une révolution aussi importante que l’invention de l’écriture qui a permis de transmettre les savoirs et celle de l’imprimerie qui les a diffusés. Internet permet non seulement d’échanger les savoirs instantanément, mais aussi d’en produire. Désormais, chacun a voix au chapitre. À condition de disposer des connaissances suffisantes et des moyens d’accès à la toile. À défaut, on déplore une fracture numérique (3).
Mais si le réseau est «ouvert», encore faut-il qu’il soit «neutre»; que chaque utilisateur et chaque fournisseur de service ait la garantie que l’information qu’il envoie arrivera sans entrave et inchangée à tous les récepteurs potentiels et inversement. Et c’est là que le bât blesse. Car les opérateurs techniques d’Internet, opérateurs de réseaux et fournisseurs d’accès, c’est à dire les entreprises qui gèrent la «tuyauterie», n’agissent pas nécessairement de façon neutre.

Trois types de menaces
Les menaces qui pèsent sur cette neutralité sont de trois types: commerciales, politiques et techniques.
1. Les logiques commerciales. En quelques années, l’économie Internet a explosé. Elle représente aujourd’hui environ 7% du PIB mondial et les spécialistes estiment qu’elle passera à 20% d’ici à une dizaine d’années (4). Vu les enjeux, la concurrence fait rage sur la toile et tous les coups semblent permis. Des protocoles de partage de fichiers (P2P) ou de voix se retrouvent purement et simplement bloqués. « Skype », pour ne citer que ce service, est souvent inaccessible depuis un téléphone mobile bénéficiant pourtant d’un abonnement soi-disant «Internet illimité»; les opérateurs téléphoniques n’appréciant que modérément la concurrence d’une téléphonie virtuelle gratuite. Des abonnés sont délibérément ralentis par des fournisseurs d’accès qui préfèrent donner la priorité à leurs clients les plus rémunérateurs. Comme cette offre «Vodafone» en Espagne qui réserve la priorité à ses clients 3G haut de gamme pendant les périodes de congestion. Des utilisateurs ne parviennent pas à se connecter aux sites concurrents du partenaire commercial de leur fournisseur d’accès(5). Face à cette tendance à brider et filtrer, de plus en plus de voix, même parmi les ardents défenseurs de la liberté totale sur la toile, se font entendre pour réclamer aux législateurs d’intervenir pour préserver la neutralité. Suivant les options en présence, cette intervention pourrait aller du simple renforcement de règles de transparence et d’information des consommateurs à l’interdiction de certaines pratiques.

2. Les motivations politiques. Mais le pouvoir public n’est pas toujours le meilleur garant de la neutralité du Net. On songe bien sûr aux coupures Internet opérées par le régime égyptien en janvier 2011 pour contrecarrer les manifestations anti-Moubarak. Aux censures imposées par la Chine depuis 2006 aux opérateurs qui veulent investir son marché. Au blocage des principales messageries par le gouvernement de Téhéran depuis la réélection contestée du président Ahmadinejad en 2009. Les régimes dits totalitaires sont souvent pointés. Mais des pratiques de censure existent aussi dans les démocraties occidentales, sous couvert de protection des droits d’auteurs, de lutte contre le terrorisme, ou de protection des mineurs, par exemple. Aux États-Unis, la fermeture brutale de «MegaUpload» le 19 janvier dernier par le FBI sur base de simples présomptions et avant toute intervention d’un juge pose question, quelles qu’en soient les motivations. Au point que même des Commissaires européens comme Viviane Reding ou Neelie Kroes qu’on ne peut qualifier de gauchistes radicales ont condamné cette précipitation. En Europe, d’autres exemples inquiètent. Ainsi en va-t-il de la fameuse loi « Hadopi » qui fit couler beaucoup d’encre en France. Cette législation vise principalement à mettre un terme aux partages de fichiers en «pair to pair» (P2P, un partage de fichier décentralisé d’ornidateur à ordinateur) lorsqu’ils enfreignent les droits d’auteurs. La loi repose sur le principe de riposte graduée du téléchargement illégal : avertissements divers jusqu’à la coupure de l’accès à Internet. Dans sa première mouture, le projet de loi prévoyait qu’une autorité indépendante, ladite Hadopi, mettrait en œuvre l’ensemble de ces sanctions. Mais le Conseil Constitutionnel a censuré la loi et transformé la sanction «ultime» en un renvoi vers un juge qui doit décider de la suite à donner. C’est désormais la justice qui tranche, gage d’un minimum d’indépendance et de respect des droits fondamentaux comme les garanties d’un procès équitable et le droit à la liberté d’expression. Reste que les techniques de filtrage indispensables à ce type de contrôle inquiètent. Qu’est-ce qui garantit en effet que ces techniques imposées aux fournisseurs d’accès pour des raisons aussi légitimes que la lutte contre la pornographie infantile, par exemple, ne soient pas un jour utilisées à d’autres fins ? La censure n’est jamais très loin. Quant au débat sur les droits d’auteurs et l’Accord Commercial Anti-Contrefaçon (ACTA), il mériterait un développement dont l’espace nous prive ici.

3. Les limitations techniques. L’augmentation du nombre d’internautes et du temps passé en ligne, la multiplication des services et des contenus offerts ainsi que celles des terminaux connectés et la croissance des besoins en débit de certaines applications et de la vidéo ont entraîné une progression de l’ordre de 50 % par an du trafic Internet (6). Et jusqu’à 100% par an pour l’Internet mobile. Cette explosion du volume du trafic fait craindre un risque de congestion, particulièrement sur les réseaux mobiles qui reposent sur l’utilisation d’une ressource rare: les fréquences. Pour y faire face, les opérateurs ont deux options: investir dans de nouvelles infrastructures (augmentation des capacités des réseaux mobiles et développement de la fibre optique) ou recourir à des mécanismes de gestion du trafic pour optimiser l’utilisation des ressources existantes. L’investissement massif pose la question du modèle économique d’Internet. Les grands opérateurs de réseaux comme France Télécom disent ne pas être en mesure d’investir les capitaux nécessaires à fournir les réseaux à large bande et à haut débit utiles, à moins de pouvoir créer de nouvelles sources de revenus provenant de la fourniture de contenus. En d’autres termes, ils veulent pouvoir facturer à leurs clients des frais supplémentaires pour l’accès à certaines applications(7) ou estiment que les opérateurs de services les plus gourmands en bande passante (YouTube, P2P) doivent contribuer à l’investissement. L’autre option est de recourir à des mécanismes de gestion du trafic pour optimiser l’utilisation des ressources existantes. Diverses technologies déjà en œuvre n’affectent guère la neutralité d’Internet dès lors qu’elles traitent le trafic de manière indifférenciée. Mais de nouvelles techniques posent davantage question. Ainsi, les méthodes qui analysent le contenu du trafic(8) et qui pourraient mettre en péril des principes fondamentaux comme la protection de la vie privée ou le secret de la correspondance. Enfin, permettre aux opérateurs de gérer les flux à leur guise comporte le risque de leur offrir la possibilité d’organiser la pénurie en fonction de leurs propres intérêts et accords commerciaux.
Difficile équilibre
L’Internet ne peut pas être un espace de non-droit. Si l’ouverture et la neutralité en sont des principes fondateurs, le respect de droits fondamentaux, à commencer par les droits de l’Homme, justifie une régulation minimale. Et si des contraintes techniques peuvent imposer la mise en place de mesures de gestion du trafic par exemple, elles doivent être aussi limitées que possible, appliquées de façon transparente et non discriminatoire(9). Mais plus on avance, moins la notion de neutralité se limite au seul acheminement des données. De nouvelles menaces guettent aux recoins de la toile. Ainsi, les moteurs de recherche jouent un rôle essentiel dans l’accès aux informations et services. La façon de référencer les sites revêt une importance primordiale si l’on considère, par exemple, que 61 % des internautes ne vont pas plus loin que la première page des résultats de recherche(10) et si l’on sait que plus de 91 % des recherches effectuées en France le sont sur le moteur Google(11). Dans un marché aussi concentré, comment s’assurer de l’objectivité des moteurs de recherche, sachant qu’ils concluent régulièrement des accords privilégiées avec d’autres opérateurs de services? Et qu’en sera-t-il demain de la neutralité sur les nouveaux terminaux comme les téléphones mobiles ou les téléviseurs connectés ? Des constructeurs de téléviseurs scellent des accords avec des fournisseurs de contenus audiovisuels qui prévoient parfois des clauses d’exclusivités, privant les utilisateurs d’un accès complet à Internet.
Sans doute faut-il légiférer sans tarder. Le monde virtuel évolue aussi vite que son miroir réel et l’univers n’y est pas moins impitoyable. Mais toute réglementation devra avant tout inscrire dans la loi, voire dans la constitution, le principe de neutralité. Le reste ne sera qu’exception et devra trouver le juste équilibre entre respect des droits fondamentaux et liberté indispensable à l’innovation et à l’expression, via par exemple, un scanning permanent mené par un observatoire de la neutralité d’Internet. En n’oubliant pas que si deux milliards d’êtres humains sont aujourd’hui connectés, cinq milliards d’autres personnes n’ont pas la chance de partager et d’enrichir les savoirs de l’humanité.

1. Propositions de loi du 17 mai 2011, déposée par Valérie Déom et consorts, et du 1er juin 2011, déposée par Jef Van den Bergh et consorts, modifiant la loi du 13 juin 2005, « relative aux communications électroniques en vue de garantir la neutralité des réseaux ».
2. «La neutralité de l’Internet. Un atout pour le développement de l’économie numérique», rapport du Gouvernement français au Parlement, 16 juillet 2010, p.5
3. Voir à ce sujet Périne Brotcorne, «Fracture numérique : lutter contre l’e-pauvreté», dans Démocratie, 01/09/2009.
4. ARCEP, communiqué du 30 septembre 2010, « Dix propositions et recommandations pour promouvoir un Internet neutre et de qualité.»
5. Plusieurs organisations de la société civile ont lancé une plate-forme en ligne permettant aux citoyens de mettre en évidence les restrictions d’accès imposées par les opérateurs: «RespectMyNet.eu».
6. «La neutralité de l’Internet...», op. cit., p. 13.
7. KPN, la compagnie néerlandaise de télécommunications voulait surfacturer l’accès à Skype, ce qui a motivé une des premières lois protégeant les principes de neutralité de l’Internet en Europe, selon le rapport CESE 1608/2011.
8. Comme les DIP, (Inspection des Paquets en Profondeur), qui servent notamment à détecter les spams.
9.Le BEREC, qui rassemble les régulateurs télécoms des pays de l’Union, analyse les pratiques des opérateurs de réseau afin de recommander à la Commission son action future. Ses résultats préliminaires révèlent l’ampleur du problème.
10. Selon une étude de Yahoo d’avril 2010.
11. Selon une étude d’AT Internet Institute de février 2009.

samedi 19 mai 2012

Un "vrai travail"

Nous étions le 2 mai au petit matin. Je m’étais levé très tôt et je m’étais aussitôt connecté à mon réseau social préféré. Un ami français venait de publier une actualité qui me fit d’abord sourire: «Je ne sais pas si j’ai un vrai travail, écrivait-il, mais une chose est sûre, il est temps d’y aller...». Je savais qu’à cette heure-là il était déjà en route pour l’atelier, où il allait rester debout pendant huit longues heures, derrière une machine vibrante et bruyante, pour un salaire minimum pas si garanti que ça. Je me dis que mon ami français ne manquait pas d’humour. Lui qui avait travaillé à la chaîne pendant des années, puis repris des formations pour adultes pendant deux ans et bouffé autant de vaches enragées avant de trouver enfin cet emploi «rêvé»... C’est lui, pensais-je, que Nicolas Sarkozy aurait dû inviter le 1er mai au Trocadéro à sa «vraie fête» du «vrai travail».
C’est alors que m’a pris l’envie d’en savoir plus sur le «vrai travail» version président sortant. En surfant sur le net, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul. Des journalistes de l’excellent site d’information «Rue 89» avaient baladé une caméra au Trocadéro et demandé aux UMP ce qu’était, selon eux, «le faux travail». Question pertinente, à laquelle une dame très chic leur a répondu que c’est «les syndicats» et «ces gens qui profitent du RSA pour dormir». Cette dame très comme il faut parlait en connaissance de cause puisque lorsqu’on lui a demandé quel emploi elle exerce, elle a expliqué qu’elle travaille le verre et fait de la peinture sur toile. Mon ami français aussi fait de la peinture sur toile, mais uniquement après 20h ou le dimanche, quand il en a encore la force. C’est vraiment lui que Nicolas Sarkozy aurait dû inviter le 1er mai. Mais il aurait décliné l’invitation...

mercredi 28 mars 2012

RTBF, le désamour?

Depuis début mars, les membres de la commission culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles auditionnent les acteurs du paysage audiovisuel. Leur motivation? Adopter des recommandations en vue de la négociation du nouveau contrat de gestion que la ministre de l’Audiovisuel doit conclure avec la RTBF d’ici la fin de l’année. Mais certains n’ont pas attendu cet exercice «démocratique» pour faire valoir leur point de vue. Le premier à ouvrir le feu fut le Conseil de la jeunesse. En septembre dernier, il rendait un avis d’initiative, réclamant notamment plus d’émissions pour jeunes ou d’éducation aux médias et l’interdiction des «placements de produits», technique publicitaire (sur)abondante dans «The Voice», par exemple. Quelques mois plus tard, Bernard Hennebert tire une deuxième salve en direction du boulevard Reyers, dans un ouvrage intitulé «RTBF, le désamour». Le fondateur de feu l’Association des téléspectateurs actifs (ATA) n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà consacré trois ouvrages à la radio télévision de service public. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées, jusqu’à pratiquer l’autocitation avec un rien d’agaçante complaisance. Reste que ses constats interpellent.
Côté programmes, il déplore la disparition sans remplacement de certaines émissions de service aux consommateurs, de reportages ou médiation et dénonce le renvoi soit à des heures trop tardives soit sur la trop confidentielle troisième chaîne d’émissions culturelles ou à destination des jeunes. Côté pub, il s’inquiète de son emprise croissante sur les ondes et les antennes de la RTBF, que ce soit par le volume ou par l’évolution des techniques utilisées. Bernard Hennebert termine son ouvrage par dix propositions, allant de l’ouverture du CA à la société civile (et donc à lui?), jusqu’à la disparition d’ARTE Belgique (trop chère) ou la diminution de la pub (en commençant par la suppression du placement de produits). Des pistes à discuter, certes, mais qui ont le mérite d’éclairer un débat dont le public doit pouvoir se saisir faute d’être directement consulté...

Bernard Hennebert, «RTBF, le désamour. Constats et pistes d’évolution», Éditions Couleur Livres,2012.

vendredi 17 février 2012

Bêtise, aveuglement ou… pire ?

Je m’étais récemment ému ici des vacheries que peuvent s’envoyer au visage responsables politiques et autres humoristes à la mode. Au risque de paraître obsessionnel, je dois avouer que je continue à m’interroger.

Il est vrai que la maison communale est fort accueillante... elle.
Par exemple, je ne comprends pas comment on a pu passer avec autant d’aisance du « politiquement correct » au « médiatiquement méchant ». En d’autres termes, comment se fait-il qu’on n’ose plus dire d’une personne qui ne voit pas qu’elle est aveugle, ce qui est un fait et n’ôte rien aux qualités de cette personne, mais qu’on se permet de dire d’un président de la République française qu’il est un « sale mec » ou d’un joueur de football qu’il n’a que trois neurones, ce qui reste encore à prouver ? Le doute m’étreint d’autant plus que depuis quelques jours je me demande dans quelle catégorie classer la députée-bourgmestre MR de Jurbise. Est-ce faire preuve d’aveuglement que de décréter que ses concitoyens n’ont pas besoin de logements sociaux? Ou est-ce de la bêtise pure de refuser des logements sociaux alors que les prix des locations flambent à cause de la proximité du Shape ? Et si ce n’était ni aveuglement ni débilité ? Et si Madame Galant avait simplement trouvé le moyen de se hisser au rang du président de la République française? Rejeter les pauvres de sa commune, n’est-ce pas un peu comme renvoyer les Roms dans les pays où ils sont opprimés ? En plus modeste, certes, en moins flamboyant. Mais le résultat est le même. Désigner un bouc émissaire reste le meilleur moyen de rassurer ses électeurs les plus égoïstes. Mais si Madame Galant n’est ni aveugle ni sotte; se pourrait-il qu’elle soit une... Non, vous ne me ferez pas dire ça.

samedi 4 février 2012

Et si Docteur House pouvait nous guérir?

C’est sûrement trop facile, mais une fois de plus je suis choqué par les médias – je sais, ce terme générique ne veut pas dire grand chose – et par l’incohérence à laquelle ils peuvent contribuer. Aujourd’hui, en dehors du froid et de la neige qui paralysent le pays, le «buzz» comme on dit, c’était ce téléspectateur qui a écrit à TF1 pour connaître l’adresse du docteur House afin de pouvoir le consulter. C’est dingue, en effet. Comment un pauvre garçon du fin fond de la France a-t-il pu prendre une fiction pour la réalité ? On s’étonne, on rigole, on se file l’info sur Facebook et l’on fait même tourner la copie du courrier du Monsieur à sa chaîne préférée. En personne n’a pris soin de masquer son nom et son adresse. Et ce Monsieur passera pour un con. Au village on ne manquera pas de le lui rappeler, avec toute la cruauté que cela implique. En attendant, personne ne se demande pourquoi ce téléspectateur, qui souffre sûrement dans sa chair depuis trop longtemps, en est arrivé à croire à un médecin de pacotille. Sans vouloir remette la médecine traditionnelle en cause, je ne peux m'empêcher de me demander si ce téléspectateur est très différent de toutes ces personnes bien pensantes qui se rabattent sur un guérisseur, un rebouteux, un diseur de bonnes recettes toutes faites après des mois ou des années de souffrances non calmées. Et pourquoi le blâmer lui qui espère soigner un mal, alors que personne ne s’interroge sur ces masses de jeunes qui rêvent, grâce à la même télévision, de devenir stars de la chanson ou du cinéma, au risque de se ridiculiser face caméras? Ces jeunes qui entendent au fond mettre un terme à leur vide intérieur... Où est la différence au fond ? La télé nous fait rêver, nous permet d’oublier nos maux, de nous évader. Elle ne s’en cache pas. Pourquoi ce Monsieur devrait-il être blâmé d’avoir cru, un instant, alors que tout était mis en place pour que cela advienne, que Docteur House pourrait soulager ses souffrances ? Heureux celui qui n’a jamais souffert. Plus heureux encore celui qui juge sans réfléchir. Je n'ai rien à dire sur ceux qui font souffrir par plaisir. Mieux vaut ne pas en parler.

jeudi 5 janvier 2012

Gouverner c'est divertir...

Sale mec ou sale con? Quelle question!
Ainsi donc François Hollande aurait traité Nicolas Sarkozy de « sale mec » lors d’un repas avec quelques journalistes au début de l’année... Scandale ! Certes, ces mots furent lâchés « off the record » comme on dit dans le jargon journalistique. Mais le respect des traditions se perd dans la profession... Le quotidien Le Parisien s’est fait un devoir de publier ces propos dans les plus brefs délais. Il faut dire que les petites phrases assassines font recette dans la presse française. Le président de la République sortant serait d’ailleurs mal avisé de houspiller le candidat socialiste à sa succession. N’a-t-il pas lui-même parlé de « cette folle de Dati » à propos de son ancienne garde des Sceaux, en décembre dernier ? Et le ministre de l’Industrie, Éric Besson, n’avait-il pas dit d’Éva Joly qu’elle sera « l’accident industriel de l’élection présidentielle », quelques jours plus tôt ? La candidate écologiste qui, elle-même, avait estimé qu’ « Anne Sinclair n’est pas un modèle pour les femmes ». Et la liste devrait s’allonger au cours des prochains mois de campagne pour les présidentielles. Tant la petite phrase qui tue a trouvé sa place de choix, pour ne pas dire ses lettres de noblesse, dans le paysage français. Les Stéphane Guillon, Audrey Pulvar et autre Nicolas Bedos le savent mieux que personne. Plus ils sont méchants à l’antenne, plus ils s’envoient des vannes au visage - pour rester poli - plus ils font recette. On appelle ça du divertissement... Et moi, je dis donc : « merci Mesdames et Messieurs les responsables politiques de si bien nous divertir ». Car il ne manquerait plus que vous nous assommiez avec des programmes politiques et des idées de fond pour gouverner la nation ! «On ne serait pas couché...», comme le dit si bien Laurent Ruquier.

mardi 8 novembre 2011

Les Roms, d'une misère à l'autre

Le lundi 19 septembre 2011, sur ordre de la bourgmestre de Schaerbeek, 47 Roms ont été évacués de la gare du Nord. Après un vain détour par Bruxelles-ville, ils ont trouvé refuge sur la place Gaucheret, toujours à Schaerbeek, à l’abri des voitures, mais pas des intempéries. Une semaine plus tard, ils étaient 72 femmes, hommes et surtout enfants en bas âge. La plupart de ces personnes sont originaires d’un pays de l’Union européenne. Présentes sur le territoire belge depuis moins de trois mois, elles étaient considérées comme des «touristes» et n’avaient droit ni à l’aide sociale, ni à l’accueil. Dans l’urgence, le CPAS leur a néanmoins délivré colis alimentaires et premiers soins. Le 5 octobre, le Foyer schaerbeekois a réussi à mettre un bâtiment en attente de rénovation à disposition. Pour raisons juridiques, la bourgmestre a dû délivrer un ordre de réquisition en attendant la conclusion d’une convention d’occupation précaire. Cette solution n’est donc que provisoire. Après les trois mois, ces Roms peuvent faire une demande d’asile à l’Office des Étrangers. Mais, vu la jurisprudence récente, il y a de fortes chances que le Commissariat aux Réfugiés rejettera leur demande au terme de la procédure. Ils se retrouveront à nouveau dans l’illégalité et sans ressources. Sans une politique spécifique pour les Roms, construite par tous les niveaux de pouvoirs, à commencer par l’Europe, ces familles, comme 12 familles slovaques et tchèques contraintes de squatter un immeuble désaffecté à Ixelles depuis le mois d’août, et comme tant d’autres familles à venir, continueront à fuir la misère pour une autre misère.

Photo Belga

vendredi 17 juin 2011

Des loup et des moutons

Ce matin-là, après avoir appris la possible libération conditionnelle de l’ex-compagne de Marc Dutroux, j’étais décidé à virer des mes «amis» Facebook tout qui irait grossir la liste des 78.000 fans d’un groupe «Contre la libération de Michelle Martin». Non pas que je me réjouissais de la décision de justice ou que j’étais indifférent au choc que devaient éprouver les victimes et leurs proches. J’appréhendais juste les cris d’orfraie si dangereux pour la démocratie. J’espérais quelque propos mesuré sur le fait que priver de tout espoir le criminel, même le plus odieux, est toujours une mauvaise solution.
Laurent Wauqiez en indélicatesse avec les chiffres...
J’en étais là, à espérer encore, lorsque je découvris les propos télévisés d’un homme d’État, et pas le moindre. Après l’élimination d’Oussama Ben Laden, l’ancien vice-président américain, Dick Cheney, plaidait pour: «un retour aux techniques d’interrogatoires musclées instaurées par l’administration Bush». Bref, la torture pour lutter plus efficacement contre le terrorisme. Je m’arrête là, ou je continue? Parce qu’un peu plus tard dans la même sinistre journée, j’ai aussi découvert les propos du ministre français des Affaires européennes. En pleine crise économique, Laurent Wauqiez a cru bon de dénoncer les «dérives de l’assistanat». Pour lui, un couple bénéficiant du RSA (à peine 800 euros) gagne plus qu’un autre couple dans lequel il y a une personne qui travaille au salaire minimum (1.365 euros). Cette «injustice» ferait, selon lui, le lit du FN. Et on se demandera qui, en France, court derrière le FN. Mais je me demande surtout comment, avec une telle classe politique, espérer qu’un jour les moutons cessent de hurler avec les loups...

lundi 21 mars 2011

"Les guerres puritaines"; l'esprit s'invite au débat

Si vous ne voulez pas passer à côté d’une perle, surtout ne lisez pas le quatrième de couverture des «Guerres puritaines», ouvrez directement à la page 9. Car si le résumé peut sembler hermétique, l’ouvrage lui-même, sans se lire comme un roman à suspens, capte néanmoins le lecteur par une bonne dose d’intelligence piquée de nombreux traits d’humour particulièrement rafraîchissants au vu du sujet traité: le port du voile dit islamique. Un humour qui a le bon goût de ne tourner aucun positionnement en dérision et se contente, plus subtilement, de renvoyer dos à dos les principaux protagonistes du débat. D’un côté les «puritanistes religieux» qui «prétendent que les femmes ne peuvent pas laisser voir (leurs cheveux), sauf en certains endroits privés»; de l’autre les «puritanistes laïques» qui estiment que «les femmes peuvent laisser voir leur foulard, sauf en certains lieux publics». Pour les premiers, le foulard est d’abord un vêtement qui cache certaines parties du corps féminin. Pour les autres, il est avant tout un signe, qui sert à manifester certaines convictions. Entre vêtement et signe, un champ (sémantique) de possibles s’ouvre, vaste comme le débat qui anime nos sociétés occidentales depuis une vingtaine d’années, généralement sur le dos, ou plutôt sur la tête, des femmes. Mais l’humour de Bruno Martens, a d’autres vertus que le seul décodage des symboles. Celles, avant tout, de dédramatiser le débat et de rassurer ceux qui perçoivent le foulard comme un rejet avant tout. En ne limitant pas le débat aux seuls principes, ce livre offre en effet des arguments de «simple bon sens» à ceux qui se questionnent, doutent, n’osent pas (encore) ce pas salutaire vers l’autre. «Si l’autonomie des femmes musulmanes doit être prise un tant soit peu au sérieux, conclut l’auteur, alors il faut s’interdire d’interdire tout autant que d’obliger. Il reste permis de discuter, bien sûr, d’autant plus si c’est avec humour». L’ouvrage de Bruno Martens, physicien, philosophe et par ailleurs actif sur le terrain de la cohésion sociale à Schaerbeek, est une salutaire invitation à la discussion.

Martens, B. «Les guerres puritaines, Signes religieux et vêtements pol(ys)émiques», Irfam/ L’Harmattan, coll. Compétences interculturelles (dir. Altay A. Manço), Paris, 2011.

jeudi 16 décembre 2010

La guerre aux frontières... n'a rien d'une fiction

Voilà une initiative citoyenne qui donne envie d’être vue, soutenue, promue. Didier Seynave, cinéaste à ses heures et grand voyageur par ailleurs, s’est ému, lors d’un séjour au Maroc, des insurmontables difficultés rencontrées par les Marocains désireux de venir voir à quoi ressemble l’Europe ou de rendre visite à leurs familles expatriées ici. Difficultés moins liées aux législations marocaines qu’aux barrières, toujours plus hautes, dressées par l’Europe pour se «protéger».
Cette première indignation, suivie de multiples lectures et rencontres, vient de déboucher, au terme de quatre années de tournage, sur un remarquable documentaire, intitulé «La guerre aux frontières».
Remarquable par son exhaustivité, par sa force d’interpellation, par sa pédagogie aussi. Si le film fait 5h20 - il faut s’accrocher - c’est parce que l’auteur a voulu aborder la question des migrations sous toutes ses facettes. Et il en a dénombré 25, traitées en autant de chapitres qui s’enchaînent pour former un récit; l’histoire d’un candidat migrant, depuis son pays d’origine et ses motivations politiques ou économiques jusqu’à une hypothétique régularisation en Europe.
Autre originalité, ce ne sont pas des migrants qui racontent leur parcours, mais bien des acteurs tant associatifs que politiques, parmi lesquels on regrettera peut-être de ne pas trouver plus de contradicteurs, qui s’en font témoins plus ou moins volontaires, à travers leurs analyses, critiques et commentaires.
Les interviews, nombreuses - 36 personnes ont été interviewées - sont sobres dans la forme, mais généralement interpellantes dans leur contenu, quant elles ne sont pas poignantes. Les propos étonnent, révoltent même. Les chiffres s’imposent, sur des graphiques limpides. Les idées reçues se brisent, sur les récifs méditerranéens ou sous les balles des gardes-frontières. Les questions se font fondamentales : de quel droit empêche-t-on un homme de se déplacer ? De chapitre en chapitre - qui peuvent aussi être vus séparément - la longue quête de Didier Seynave se transforme en parcours quasi philosophique.


Pour en savoir plus sur cette réalisation originale de Didier Seynave avec Christian Cartiaux ou pour se procurer les (2) DVD du documentaire: www.laguerreauxfrontieres.com

vendredi 17 septembre 2010

La faim dans le monde a progressé de 8%

Ces derniers jours, la plupart des médias ont titré sur une baisse de la famine dans le monde. Mais une baisse qui ne vaut que sur un an, et ne prête vraiment pas à se réjouir. Extrait de mes premières lignes dans le journal Démocratie auquel je vais désormais consacrer temps, énergie, et tout ce que je pourrai donner, j'espère:

Photo: Didier Seynave
À une semaine du Sommet de New York visant à accélérer la réalisation des objectifs de développement du millénaire (OMD), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié les chiffres 2010 de la faim dans le monde: près d’un milliard de personnes ont faim.
Certes, c’est la première fois depuis 15 ans que ce chiffre a baissé par rapport à l’année précédente (- 9,6%). Ce qui permet de retomber sous le seuil symbolique du milliard de personnes. Mais c’est une bien maigre consolation face à un résultat que la FAO juge « inadmissible », à juste titre.

Rappel :
En septembre 2000, les Etats membres de l’ONU avaient convenu d’atteindre huit objectifs en 2015 : les « Objectifs du millénaire », en première position desquels figure la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim. Il s’agissait de diminuer de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim ; de quelque 800 millions en 1990 à 400 millions en 2015. Avec 925 millions de personnes touchées en 2010 on est non seulement loin de l’objectif, mais on est surtout dans une inquiétante progression.

Conjoncturel
Et la baisse survenue cette année semble d’ailleurs purement conjoncturelle. La FAO l’explique par deux facteurs principaux: une reprise économique, particulièrement dans certains pays en voie de développement, suite à la crise des dernières années, et la baisse des prix alimentaires depuis 2008.
Or, la même FAO annonçait le 1er septembre dernier que les prix du blé sont repartis à la hausse, suite notamment à une canicule en Russie, entraînant dans leur sillage une hausse de 5% des prix mondiaux des aliments au mois d'août dernier. Deux ans après les émeutes de la faim, de nouveaux soulèvements ont fait au moins dix morts au Mozambique, au début du mois de septembre.
En outre, et au-delà de cette baisse conjoncturelle, rappelons que juste avant la crise de 2008, on déplorait 850 millions de personnes affamées, soit 8% de moins que cette année.

samedi 5 juin 2010

Le 13 juin, ne tournez pas le dos à la démocratie


Les associations constitutives du Conseil supérieur de l'Education permanente ont pris l'initiative d'un clip fort à propos. En étroite collaboration avec le MOC, ce petit film rappelle, en termes simples, l'importance d'aller voter le 13 juin. A l'heure où nombre d'électeurs seraient tentés de boycotter les urnes, il illustre le fait que, au-delà des questions institutionnelles, les enjeux des élections touchent la vie de chacun d'entre nous.
Ce film sera diffusé sur les écrans de la RTBF, de RTL-TVi et de la plupart des télévisions communautaires à partir du vendredi 4 juin. Vous pouvez le découvrir en avant-première en suivant ce lien: www.vimeo.com/12175082.

Ne tournez pas le dos à la démocratie from Clara Production asbl on Vimeo.


mercredi 5 mai 2010

Win4All: un jeu à gratter où tout le monde gagne


Un petit film qui rend compte de la campagne de sensibilisation de Solidarité Mondiale et du Ciep à propos de la mondialisation des droits sociaux. Elle s'appuie sur une carte à gratter, un jeu dont tout le monde sort gagnant. Merci à toutes celles et ceux qui y ont contribué.

vendredi 28 août 2009

Sauver la poste de Louvain-la-Neuve

Nouvelle illustration de la libéralisation des services publics imposée par l'Europe, et donc par nous: l'unique bureau de poste de Louvain-la-Neuve est menacé de fermeture dans les tout prochains jours.
Les raisons avancées par la direction de la poste sont de stricts, et aveugles, critères de rentabilité.
Un comble dans cette ville habitée par de nombreux étudiants sans voiture et de plus en plus investies par des personnes moins valides attirée par son caractère piétonnier.
Comble du comble, la commune d'Ottignies va y ouvrir une annexe administrative... pour éviter aux Néolouvanistes de se déplacer.
Un comité de soutien envisage plusieurs actions dans les prochains jours tout en continuant l’occupation de la poste. N'hésitez pas à signer la pétition en ligne.