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mardi 22 janvier 2013

L'approche par les capabilités peut-elle inspirer une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté?

Souvenez-vous, l’année 2010 avait été décrétée « année européenne de lutte contre la pauvreté ». Généreuse intention qui, dans les faits, s’est traduite par une augmentation sévère de la pauvreté dans l’ensemble des pays européens. Avec son homologue flamand, l’ACW, le MOC a voulu que les belles intentions de l’époque ne restent pas lettre morte dans les archives de l’Union. Depuis bientôt trois ans, les deux organisations ont constitué un réseau, les  Alliances pour la lutte contre la pauvreté, qui rassemblent 11 mouvements sociaux, 10 syndicats, 16 chercheurs issus de 13 pays de l’Union. Ces Alliances ambitionnent de porter une série de revendications communes à la veille des élections européennes de 2014 en vue de changer radicalement les options politiques qui ne cessent de creuser les inégalités. L’une des originalités de la démarche est de proposer une nouvelle grille de lecture des inégalités et de la façon de les dépasser. Il s’agit de l’approche par les capabilités développée par le prix Nobel d’économie Amartya Sen. Cette approche qui réussit à concilier la complexité du monde avec une solide base de justice sociale et une démocratie renforcée peut-elle inspirer une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté ? Cette interrogation fut au centre d’un séminaire organisé par le MOC et l’ACW en janvier 2012. Un an plus tard, les actes de ce colloque viennent de paraître. Ils permettent, par des exemples concrets et un langage direct d’appréhender une théorie certes complexe, mais porteuse de réels espoirs.

«The capability approach», Rapport du Séminaire de 2012, 160 pages, à commander auprès de: maria.vazques@moc.be

mardi 22 mai 2012

De vrais romans (pour apprendre) à lire

Voici trois romans, «Sans dire un mot» de Xavier Deutcsh, «L’attente» d’Amandine Fairon et «Les cerises de Salomon» de Claude Raucy, qui racontent des histoires fort différentes les unes des autres, mais qui ont pourtant bien des points en commun. Ils sont les oeuvres d’auteurs belges, lancent la nouvelle collection «La Traversée» des Éditions Weyrich et sont porteurs de bien des espoirs. Non pas qu’ils véhiculent des messages plus forts, universels et bouleversants que d’autres, mais parce qu’ils s’adressent à un public généralement délaissé par la littérature: les adultes en apprentissage de lecture et d’écriture.
Sollicités par «Lire et Ecrire Luxembourg» et les Éditions Weyrich, les trois auteurs précités ont confronté leur talent aux attentes, aux questions et aussi aux limites exprimées par un comité de lecture composé d’anciens analphabètes. Ils ont, surtout, accepté de tenir compte des remarques formulées; ils ont raccourci leurs phrases, simplifié leur vocabulaire, renoncé à certaines figures de style. Bref, ils ont fait oeuvre de grande modestie et de profond respect. Leurs trois romans ont été présentés à la Foire du Livre de Bruxelles début mars dernier, sans étiquette particulière. Car ces ouvrages ne sont pas réservés aux apprenants. Simplement, ils permettent à ces derniers de parfaire leur apprentissage de la lecture ailleurs que dans les livres pour enfants. Ce sont aussi de vrais romans, traitant de sujets intéressants, mais avec des mots plus simples, des phrases plus courtes, des chapitres plus brefs et des caractères plus grands. Quelques nuances donc, que les lecteurs habituels ne percevront peut-être même pas, comme en témoigne Amandine Fairon, mais qui pour les apprenants changent tout. Trois autres romans devraient être publiés l’an prochain, pour des apprenants moins avancés. Trois autres verront le jour en 2014. C’est en tout cas ce qu’on souhaite à cette très belle initiative.


Les ouvrages sont vendus au prix de 7,90 euros chacun. Infos: 061/27 94 30 - www.weyrich-edition.be.

mercredi 28 mars 2012

RTBF, le désamour?

Depuis début mars, les membres de la commission culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles auditionnent les acteurs du paysage audiovisuel. Leur motivation? Adopter des recommandations en vue de la négociation du nouveau contrat de gestion que la ministre de l’Audiovisuel doit conclure avec la RTBF d’ici la fin de l’année. Mais certains n’ont pas attendu cet exercice «démocratique» pour faire valoir leur point de vue. Le premier à ouvrir le feu fut le Conseil de la jeunesse. En septembre dernier, il rendait un avis d’initiative, réclamant notamment plus d’émissions pour jeunes ou d’éducation aux médias et l’interdiction des «placements de produits», technique publicitaire (sur)abondante dans «The Voice», par exemple. Quelques mois plus tard, Bernard Hennebert tire une deuxième salve en direction du boulevard Reyers, dans un ouvrage intitulé «RTBF, le désamour». Le fondateur de feu l’Association des téléspectateurs actifs (ATA) n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà consacré trois ouvrages à la radio télévision de service public. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées, jusqu’à pratiquer l’autocitation avec un rien d’agaçante complaisance. Reste que ses constats interpellent.
Côté programmes, il déplore la disparition sans remplacement de certaines émissions de service aux consommateurs, de reportages ou médiation et dénonce le renvoi soit à des heures trop tardives soit sur la trop confidentielle troisième chaîne d’émissions culturelles ou à destination des jeunes. Côté pub, il s’inquiète de son emprise croissante sur les ondes et les antennes de la RTBF, que ce soit par le volume ou par l’évolution des techniques utilisées. Bernard Hennebert termine son ouvrage par dix propositions, allant de l’ouverture du CA à la société civile (et donc à lui?), jusqu’à la disparition d’ARTE Belgique (trop chère) ou la diminution de la pub (en commençant par la suppression du placement de produits). Des pistes à discuter, certes, mais qui ont le mérite d’éclairer un débat dont le public doit pouvoir se saisir faute d’être directement consulté...

Bernard Hennebert, «RTBF, le désamour. Constats et pistes d’évolution», Éditions Couleur Livres,2012.

mardi 8 novembre 2011

Travail-famille, de nouveaux champs de réflexions

Après avoir voulu « articuler l’école et l’entreprise» (en 2001), Bernard Fusulier s’est penché sur «l’entreprise et l’articulation travail/famille ». En 2008, il publiait une étude réalisée auprès d’entreprises wallonnes qui tirait un bilan de la façon dont les organisations intègrent cette problématique. Avec « Articuler vie professionnelle et vie familiale », qui vient de sortir aux Presses universitaires de Louvain, le professeur de sociologie de l’UCL poursuit sur sa lancée, mais en abordant des terrains inexplorés. Beaucoup de choses ont été écrites sur les politiques publiques visant à aider chacune et chacun à gagner sa vie tout en prenant soin de sa famille. Des mesures comme le crédit temps, la pause carrière ou le développement de crèches et autres haltes-garderies permettent de dépasser le modèle traditionnel du « mâle qui va gagner le pain » et favorisent l’insertion des femmes dans l’emploi. Mais ces politiques ont leurs limites, quand elles n’entraînent pas des effets pervers comme la dévalorisation du travail domestique ou le renforcement des inégalités hommes/femmes. Bernard Fusulier et son équipe ont donc interrogé l’influence que peut avoir l’environnement professionnel sur cette APF, au départ de l’étude de trois professions : infirmier(ère)s, policiers, assistants sociaux. En bref, les infirmières ont le plus de difficultés à concilier travail et famille et se sentent peu soutenues. Elles recourent souvent au temps partiel. Le temps plein est la norme chez les policiers, mais des arrangements informels permettent de prendre en charge des questions privées au travail. Quant aux assistants sociaux, ils recourent aussi au temps partiel, mais avec plus de soutien interne. Cette analyse brouille davantage nos repères qu’elle ne donne de réponses nouvelles. Mais ce faisant, elle ouvre de nouveaux champs de réflexions, et des pistes, qui intègrent l’aspiration des personnes et donc la qualité de l’emploi et le dépassement du clivage hommes femmes.

Fusulier B. et. al., 2011, « Articuler vie professionnelle et vie familiale. Étude de trois groupes professionnels : les infirmières, les policiers et les assistants sociaux », PUL, Louvain-la-Neuve, 250 pp.

lundi 13 juin 2011

L'antipolitique, les mots piégés de la politique

Le sociologue Richard Lorent avait déjà consacré plusieurs ouvrages à une forme spécifique de protestation politique: le vote pour des partis d’extrême droite. Dans «Le suffrage détourné» par exemple, il développait l’idée que ces choix sont souvent l’expression de personnes qui n’ont pas pu trouver dans le paysage politique traditionnel le moyen de manifester leur ressentiment. Ressentiment généralement nourri par la dégradation des moyens d’existence, précise-t-il très justement. 
Dans son dernier ouvrage, «L’antipolitique, les mots piégés de la politique», l’auteur franchit un pas supplémentaire dans son analyse des difficiles rapports entre les citoyens et la (le) politique. Se plaçant cette fois davantage du côté de l’élu que de l’électeur, Richard Lorent démontre mot après mot, subtilement agencé d’ailleurs, comment les politiques parviennent à disqualifier la critique émanant de l’électeur déboussolé par une crise communautaire qui enlise le pays ou le ressentiment du citoyen lassé de payer une crise économique provoquée par des marchés déjà requinqués. Qu’ils traitent de «populiste» un vote désespérément contestataire, de «poujadiste» une interpellation légitimement citoyenne ou d’apolitique un bulletin ostensible blanc, ces responsables politiques ne qualifient jamais innocemment, mais toujours approximativement. Et c’est justement cette approximation tendancieuse, cette déformation du sens initial qui leur permet de balayer la critique, d’ignorer la plainte sociale et de maintenir, surtout, le système de domination en place. Un système qui «se place sans pilote repérable au service de deux objectifs complémentaires devenus automatiques: enrichir une minorité et, dans ce qui demeure, broyer la part nécessaire pour garantir le maintien du système» ajoute l’auteur. «L’antipolitisme...» un ouvrage à recommander donc, d’abord et avant tout aux nombreux décideurs qui déplorent si prestement la défiance croissante de la population envers la classe politique.

Lorent, R., «L’antipolitisme, les mots piégés de la politique», Couleurs Livres, Charleroi, 110p., 14 euros, www.couleurlivres.be.