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samedi 21 décembre 2013

Help me make it through the night...




Voilà qui me ramène bien loin dans la mémoire de mes années passées, à une époque où je découvrais l'amour, encore interdit, et où tout donc me semblait possible. Pourquoi ce film, Mascara de Patrick Conrad, si vite tombé dans l'oubli, m'a-t-il tant marqué? Parce que j'étais amoureux de l'un de ses figurants, sans soute. Un amour trop éphémère. Et qui me donnait déjà la mesure de l'impossible amour. Tant d'années plus tard, je voudrais encore que l'on m'aide à traverser la nuit. Une nuit plus sombre désormais, que les lendemains se font plus urgents. Mais j'ai aussi aimé, je m'en souviens, le mélange des genres, des langues et des cultures. Le néerlandais m'a semblé si beau tout à coup. L'allemand plus proche que jamais. Peut-être étais-je réconcilié enfin avec ma belgitude, même si, au fond, c'est l'anglais qui domine dans cette chanson. Mais comme tout cela s’accommode ici, forme finalement une harmonie, qui laisse à rêver que dans la différence la rencontre est enfin possible. C'était mon rêve de jeunesse: croire que ma différence avait quelque chose d'universel. Croire que défendre les droits d'une minorité, c'était défendre ceux de toutes les minorités. J'ai milité pour cela, et déchanté depuis. Le droit à la différence a fait long feu, l'indifférence a gagné. Et le mariage pour tous est devenu celui de quelques privilégiés, si souvent aveuglés par leur éphémère insouciance. Ailleurs, les homos sont persécuté plus que jamais. Ici, les étrangers sont refoulés comme jamais. Partout, les égoïsmes dominent. Oh, help me make it through the night...

jeudi 7 mars 2013

Carterpillar: quelle sauce serons-nous mangés ?

A quelle sauce serons-nous mangés ? Voilà une question qui doit brûler bien des lèvres en ce début d’année morose et incertain. Les 1.400 ouvriers et employés de Caterpillar Gosselies, comme les 1.300 travailleurs d’ArcelorMittal Liège, et les 8.000 autres de Ford Genk et ses sous-traitants connaissent la réponse : ce sera chômage ! Et dégressif, de surcroît, grâce au gouvernement fédéral qui continue de penser qu’il n’y a qu’à chercher du travail pour en trouver... Pour tous ces nouveaux demandeurs d’emploi, la question est davantage de savoir ce qu’ils vont manger et servir à leur famille. Ce sera vaches maigres... Et pour longtemps. Oubliés les petits restos du vendredi et les lasagnes toutes préparées en semaine. Au moins, ils pourront se consoler; si la crise économique les frappe au cœur, la crise alimentaire ne les atteindra pas. Quoique... Chaque semaine nous apporte son lot de révélations dans l’affaire de la fraude à la viande de cheval. À tel point qu’on a vite fait d’oublier que du porc, aussi, s’est glissé dans des hamburgers 100 % pur bœuf servis notamment à des prisonniers musulmans. On n’en est plus à se préoccuper des minorités. C’est toute la chaîne alimentaire qui vacille, comme voici dix ans lors de la crise de la vache folle. Et l’Europe n’est plus la seule touchée. Ikea a décidé de retirer ses boulettes de ses magasins de Malaisie, de Thaïlande et à Hong Kong. Et, comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’on apprend par le journal « Le Monde » que de la viande de girafe aurait été décelée dans des bâtonnets d’antilope en Afrique du Sud... La crise est planétaire, ma bonne dame ! Non seulement on ne sait plus ce qu’on mange, mais on ne sait toujours pas à quelle sauce on sera mangés. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a que les vaches pour être folles dans ce monde du tout au profit...

mercredi 14 novembre 2012

Ce si délicieux humour du gouvernement papillon

Novembre, le froid tombe, la grisaille s’installe, l’heure d’hiver nous plonge dans l’obscurité. Novembre, le mois de la déprime, est le moment idéal pour nous rappeler que les temps sont durs. Avec 4 milliards d’euros à trouver pour atteindre les objectifs européens de stabilité en 2013, le gouvernement fédéral en sait quelque chose. Pourtant, l’équipe d’Elio Di Rupo ne se laisse pas emporter par la morosité ambiante. On pourrait même dire que le gouvernement « papillon » fait preuve d’une bonne dose d’humour ces dernières semaines. Tenez, il a choisi la date du premier novembre, jour de Toussaint, veille de fête des morts, pour mettre en œuvre la dégressivité des allocations de chômage. Joli clin d’œil à ces milliers de demandeurs d’emploi qu’il espère encourager de la sorte à rechercher activement un travail alors même que le pays vient d’enregistrer un record de faillites. Depuis le début de l’année, 9.156 entreprises ont fermé leurs portes, ce qui a entraîné la suppression de près de 19.000 postes de travail. Tout aussi amusant, pour renflouer les caisses de l’État, l’équipe Di Rupo envisage une hausse de la TVA à 22 % ce qui, selon le secteur de la distribution, pourrait entraîner la perte de 4.500 emplois dans ce seul secteur, soit autant que le nombre de travailleurs de Ford Genk. Et on n’a pas fini de rire, puisque le gouvernement songe aussi à un saut d’index qui d’après la FGTB représenterait, sur une carrière complète et pour un salaire moyen, une perte sèche de 25.000 euros ! Comme quoi humour et bon goût ne vont pas toujours de pair. N’eût-il pas été de bon goût, par exemple, d’envisager une révision des intérêts notionnels, ou une taxation des plus-values en capital ? Même au fédéral, on ne peut pas rire de tout...

mardi 18 septembre 2012

Bienvenue riche con

Bernard Arnault, la plus grosse fortune de France, le patron du luxe et de l'inutile, l'homme qui murmurait à l'oreille du président Sarkozy, Bernard Arnault donc veut devenir belge... tout en restant français. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe, début septembre, en France, où Libé a osé titrer "Casse toi riche con!", comme en Belgique, où l'édito de La Libre affichait fièrement "Bienvenu, M. Arnault". On a beaucoup commenté la Une de Libé, l’estimant tantôt excessive, tantôt vulgaire ou partisane. On s’offusqua moins des éditos successifs de La Libre Belgique, pourtant autrement indécents. A l'heure où le débat sur les naturalisations se crispe sous la pression d'une droite qui veut même empêcher les familles de se regrouper par delà les frontières, il est choquant de se réjouir qu'un homme cumule les nationalités dans le seul but d'accumuler les milliards. Pour M. Arnault la Belgique n'est qu'un moyen, alors que pour des milliers de migrants elle est l'aboutissement d'une longue et douloureuse quête d'une vie digne. Sa demande de naturalisation est presque insultante. Loin de moi l'idée d'opposer le "mauvais riche" au "bon pauvre". Mais comparer, comme le fit la même Libre Belgique, ce milliardaire qui a largement usé des subventions publiques et des fermetures d'usines pour construire son empire à des "des entrepreneurs - des hommes et des femmes qui prennent des risques et créent de l’emploi dans notre pays" est d'une malhonnêteté intellectuelle inquiétante. La même malhonnêteté qui anime celles et ceux qui depuis des décennies dénoncent la rage taxatoire qui frapperait les entrepreneurs belges. De ce point de vue, merci M. Arnault. Votre démarche démontre au contraire que la Belgique est un paradis fiscal pour grosses fortunes. Peut-être ferez-vous avancer le débat malgré vous... Si c'est le cas, "Bienvenue riche con"!

lundi 9 juillet 2012

Et si on mettait la voiture en vacances?

D’accord, tout le monde n’a pas la chance d’être en vacances pendant deux mois d’affilée en été. Mais bon! Pour des milliers de navetteurs, l’été, même sur la route du travail, c’est quand même un peu les vacances... Pensez donc ! D’après Bruxelles-Mobilité, le trafic automobile diminue de 20 % pendant juillet et août. Ça fait un cinquième de voitures en moins sur les grands axes vers la capitale. On comprend, à ce taux-là, que l’Agence flamande des routes, la Sofico wallonne ou Bruxelles-Mobilité choisissent l’été pour programmer les chantiers importants de rénovation de notre admirable réseau routier. Cet été ? La réfection du viaduc de Beez, du viaduc de Lavoir et de celui de Boirs sont en tête d’une trentaine de chantiers wallons qui ont débuté en juin déjà. Le viaduc de Vilvoorde en rénovation du 20 juin au 7 septembre sera le clou des travaux flamands, qui affecteront aussi Anvers et la E19. Et à Bruxelles, c’est florilège. Il y a la fermeture des tunnels Loi et Cinquantenaire, sans parler de la rénovation du tunnel du boulevard de la Woluwe, celle du viaduc Reyers, en ce compris le tunnel du même nom. J’en passe. Et puis, tous les dimanches d’été, la ville de Bruxelles a décidé que le boulevard Anspach sera temporairement fermé entre De Brouckère et Fontainas pour permettre des pique-niques urbains. Sans compter que désormais les cyclistes pourront brûler certains feux... Bref, cette année, l’été sur les routes belges risque de ressembler à tout, sauf à des vacances. Heureusement, selon l’Institut Belge pour la Sécurité Routière tout devrait rentrer dans l’ordre pour le dimanche 16 septembre: journée sans voiture. D’ici là, en voiture, en bus, en train, à vélo ou à pied, je vous souhaite quand même d’excellentes vacances ! Pour ce qui me concerne, ce sera vélo, comme tout au long de l'année, puis marche à pied...

mercredi 6 juin 2012

Ah bon! On peut choisir son orientation sexuelle ?

Qu’on l’apprécie ou pas, il faut admettre que Joëlle Milquet ne manque pas d’aplomb. Je me le disais au lendemain de la Belgian Pride qui avait rassemblé près de 70.000 personnes dans les rues de Bruxelles le 12 mai dernier. La ministre de l’Intérieur était invitée aux débats télé du dimanche pour parler d’homophobie après la mort violente d’Ihsane Jarfi.
Face à elle : un prêtre et un imam aux positions légèrement schizophréniques et cinq homos déterminés à faire entendre la voix de leur communauté meurtrie par ce drame. Force fut de constater que l’ancienne présidente du cdH n’a reculé devant aucune contradiction. Elle s’est réjouie du droit pour les couples du même sexe de se marier et d’adopter des enfants en omettant de rappeler que son parti s’était farouchement opposé à ces deux législations. Elle a expliqué que, n’étant plus présidente, elle ne savait pas si le cdH avait ou non soutenu la Pride de la veille. Ben tiens! Tout au long de l’émission, elle n’a eu de cesse de ramener les violences homophobes à toutes les violences nourries par le rejet de l’autre : des femmes, des étrangers, des personnes handicapées... Mais si la violence est la même pour tous, pourquoi Joëlle Milquet s’évertue-t-elle à faire des homos une catégorie à part en parlant de «choix» d’orientation sexuelle? Si on ne choisit ni son sexe, ni son lieu de naissance, ni son état de santé, on ne choisit pas non plus son orientation sexuelle... À force de ne vouloir déplaire à personne, Mme Milquet aura juste noyé le poisson. Au moins aura-t-elle assuré une présence féminine sur ce plateau de télévision désespérément masculin. Comme quoi, chez les homos comme chez les hétéros, l’égalité des chances et la mixité ne sont pas innées.

mardi 22 mai 2012

De vrais romans (pour apprendre) à lire

Voici trois romans, «Sans dire un mot» de Xavier Deutcsh, «L’attente» d’Amandine Fairon et «Les cerises de Salomon» de Claude Raucy, qui racontent des histoires fort différentes les unes des autres, mais qui ont pourtant bien des points en commun. Ils sont les oeuvres d’auteurs belges, lancent la nouvelle collection «La Traversée» des Éditions Weyrich et sont porteurs de bien des espoirs. Non pas qu’ils véhiculent des messages plus forts, universels et bouleversants que d’autres, mais parce qu’ils s’adressent à un public généralement délaissé par la littérature: les adultes en apprentissage de lecture et d’écriture.
Sollicités par «Lire et Ecrire Luxembourg» et les Éditions Weyrich, les trois auteurs précités ont confronté leur talent aux attentes, aux questions et aussi aux limites exprimées par un comité de lecture composé d’anciens analphabètes. Ils ont, surtout, accepté de tenir compte des remarques formulées; ils ont raccourci leurs phrases, simplifié leur vocabulaire, renoncé à certaines figures de style. Bref, ils ont fait oeuvre de grande modestie et de profond respect. Leurs trois romans ont été présentés à la Foire du Livre de Bruxelles début mars dernier, sans étiquette particulière. Car ces ouvrages ne sont pas réservés aux apprenants. Simplement, ils permettent à ces derniers de parfaire leur apprentissage de la lecture ailleurs que dans les livres pour enfants. Ce sont aussi de vrais romans, traitant de sujets intéressants, mais avec des mots plus simples, des phrases plus courtes, des chapitres plus brefs et des caractères plus grands. Quelques nuances donc, que les lecteurs habituels ne percevront peut-être même pas, comme en témoigne Amandine Fairon, mais qui pour les apprenants changent tout. Trois autres romans devraient être publiés l’an prochain, pour des apprenants moins avancés. Trois autres verront le jour en 2014. C’est en tout cas ce qu’on souhaite à cette très belle initiative.


Les ouvrages sont vendus au prix de 7,90 euros chacun. Infos: 061/27 94 30 - www.weyrich-edition.be.

mercredi 18 avril 2012

"Ne comptez pas sur un Allemand pour faire une publicité subtile"

En ardent défenseur du service public, il m’arrive de surfer entre les tunnels publicitaires pour tenter d’écouter les émissions d’information et de divertissement de La Première radio. Un exercice volontariste à certaines heures, il faut bien le dire. Dernier exploit en date: ce matin même...
Pour parvenir à boucler le Tour d’Europe des quotidiens, une revue de presse qui a le mérite d’offrir un peu de recul, il m’a fallu traverser une succession de pubs aussi criardes qu’agaçantes à force de véhiculer les poncifs de la société de consommation, quand ce ne sont pas des stéréotypes limite racistes. «Ne comptez pas sur un Allemand pour faire une publicité subtile», nous conseille le constructeur Opel plusieurs fois par heure. Ben non tiens! On peut sûrement compter sur un Allemand pour construire une voiture solide, comme on peut se fier à un Suisse pour être à l’heure, ou attendre d’un noir qu’il soit en retard... Mais là, je dépasse les frontières du politiquement correct. Car si depuis soixante ans l’Europe peut rire des Allemands, comme depuis trop longtemps les Français s’amusent des p’tits Belges et depuis toujours les Juifs se moquent d’eux-mêmes, il y a des limites... Par exemple, il est désormais strictement interdit de ricaner du miracle économique allemand. Productivité, croissance, taux de chômage, le refrain est connu à travers l’Europe qui n’a de cesse de l’entonner. Il n’y a que dans la bonne ville de Bochum que la rengaine sonne faux, comme nous l’apprenait ce matin le fameux Tour d’Europe de la presse. C’est qu’Opel, le principal pourvoyeur d’emplois de Bochum, a renoncé à investir en Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour mieux se déployer... en Corée. Pas très subtil, en effet... et finalement pas si solide que ça non plus.

mercredi 11 avril 2012

Informer, c’est aussi pouvoir renoncer

Nous sommes nombreux à avoir coupé le son au lendemain du drame de Sierre. Ou à en avoir eu la tentation. Éteindre la télé, refermer le journal. Car au-delà de l’émotion suscitée par la mort de vingt-deux enfants et de six adultes, comment ne pas être choqué par certaines pratiques médiatiques? Des journalistes qui harcèlent des témoins de l’accident de car et les familles des victimes. Des équipes télé qui escaladent les murs de l’école Sint-Lambertus d’Heverlee. Des reporters qui forcent la porte d’une chambre d’hôpital en Suisse. Et, nouveauté, des photos volées sur internet pour être publiées en «une» de journaux. Aucune émotion ne justifie de tels débordements. Et c’est lui manquer de respect de décréter a priori que le public demande des éditions spéciales débordant d’images choc, mais dépourvues d’informations pertinentes. Ces excès sont davantage motivés par la recherche de l’info exclusive et la terrible concurrence entre médias que par le souci d’informer. À l’occasion du jour de deuil national, que certains voulaient voir comme une réconciliation nationale, les radios et télévisions francophones s’étaient accordées pour renoncer à toute publicité sur leurs antennes.
Un dessin de Pierre Kroll que j'avais trouvé digne et fort
Beau geste de solidarité…  qui n’a pas empêché une chaîne de publier dans la foulée les chiffres d’audience de ses éditions spéciales consacrées au drame. Ça en dit long... Heureusement, au milieu de la tourmente médiatique, quelques voix se sont élevées. Le Premier ministre a appelé la presse à respecter la sphère privée des familles des victimes. La ministre flamande des Médias a dénoncé la publication de photos volées des enfants et de leurs proches. Le Conseil de déontologie journalistique a multiplié les prises de parole pour rappeler les règles élémentaires du métier. L’Avenir a publié une double page intitulée «Les journalistes vont-ils trop loin?». Le Soir a consacré un chat en ligne à la même question. Et nombre de chroniqueurs ont livré leurs analyses, où il était généralement question de respect, de distance critique et de valeur informative. La question a fait débat. Et on peut espérer que certaines rédactions s’en empareront. Car il y a urgence. Avec les nouvelles technologies, chaque internaute peut désormais s’improviser journaliste d’un jour; relayer l’information, l’image, l’émotion. Cela n’en fait pas un journaliste à part entière. La plus-value professionnelle, le garde-fou déontologique, le devoir du métier d’informer ne consistent-ils pas à sélectionner l’information? Et donc à pouvoir renoncer à certaines infos pour préserver intimité et dignité? Décider de ne pas publier les photos des victimes, ne pas programmer d’éditions spéciales ou ramener un peu de distance au milieu de l’émotion étaient des démarches journalistiques dignes de ce nom...

mercredi 28 mars 2012

RTBF, le désamour?

Depuis début mars, les membres de la commission culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles auditionnent les acteurs du paysage audiovisuel. Leur motivation? Adopter des recommandations en vue de la négociation du nouveau contrat de gestion que la ministre de l’Audiovisuel doit conclure avec la RTBF d’ici la fin de l’année. Mais certains n’ont pas attendu cet exercice «démocratique» pour faire valoir leur point de vue. Le premier à ouvrir le feu fut le Conseil de la jeunesse. En septembre dernier, il rendait un avis d’initiative, réclamant notamment plus d’émissions pour jeunes ou d’éducation aux médias et l’interdiction des «placements de produits», technique publicitaire (sur)abondante dans «The Voice», par exemple. Quelques mois plus tard, Bernard Hennebert tire une deuxième salve en direction du boulevard Reyers, dans un ouvrage intitulé «RTBF, le désamour». Le fondateur de feu l’Association des téléspectateurs actifs (ATA) n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà consacré trois ouvrages à la radio télévision de service public. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées, jusqu’à pratiquer l’autocitation avec un rien d’agaçante complaisance. Reste que ses constats interpellent.
Côté programmes, il déplore la disparition sans remplacement de certaines émissions de service aux consommateurs, de reportages ou médiation et dénonce le renvoi soit à des heures trop tardives soit sur la trop confidentielle troisième chaîne d’émissions culturelles ou à destination des jeunes. Côté pub, il s’inquiète de son emprise croissante sur les ondes et les antennes de la RTBF, que ce soit par le volume ou par l’évolution des techniques utilisées. Bernard Hennebert termine son ouvrage par dix propositions, allant de l’ouverture du CA à la société civile (et donc à lui?), jusqu’à la disparition d’ARTE Belgique (trop chère) ou la diminution de la pub (en commençant par la suppression du placement de produits). Des pistes à discuter, certes, mais qui ont le mérite d’éclairer un débat dont le public doit pouvoir se saisir faute d’être directement consulté...

Bernard Hennebert, «RTBF, le désamour. Constats et pistes d’évolution», Éditions Couleur Livres,2012.

vendredi 17 février 2012

Bêtise, aveuglement ou… pire ?

Je m’étais récemment ému ici des vacheries que peuvent s’envoyer au visage responsables politiques et autres humoristes à la mode. Au risque de paraître obsessionnel, je dois avouer que je continue à m’interroger.

Il est vrai que la maison communale est fort accueillante... elle.
Par exemple, je ne comprends pas comment on a pu passer avec autant d’aisance du « politiquement correct » au « médiatiquement méchant ». En d’autres termes, comment se fait-il qu’on n’ose plus dire d’une personne qui ne voit pas qu’elle est aveugle, ce qui est un fait et n’ôte rien aux qualités de cette personne, mais qu’on se permet de dire d’un président de la République française qu’il est un « sale mec » ou d’un joueur de football qu’il n’a que trois neurones, ce qui reste encore à prouver ? Le doute m’étreint d’autant plus que depuis quelques jours je me demande dans quelle catégorie classer la députée-bourgmestre MR de Jurbise. Est-ce faire preuve d’aveuglement que de décréter que ses concitoyens n’ont pas besoin de logements sociaux? Ou est-ce de la bêtise pure de refuser des logements sociaux alors que les prix des locations flambent à cause de la proximité du Shape ? Et si ce n’était ni aveuglement ni débilité ? Et si Madame Galant avait simplement trouvé le moyen de se hisser au rang du président de la République française? Rejeter les pauvres de sa commune, n’est-ce pas un peu comme renvoyer les Roms dans les pays où ils sont opprimés ? En plus modeste, certes, en moins flamboyant. Mais le résultat est le même. Désigner un bouc émissaire reste le meilleur moyen de rassurer ses électeurs les plus égoïstes. Mais si Madame Galant n’est ni aveugle ni sotte; se pourrait-il qu’elle soit une... Non, vous ne me ferez pas dire ça.

mercredi 16 novembre 2011

Le service public, c'est pas bien folichon...

C’était en fin de journée, un samedi je crois. Mais ça aurait très bien pu se passer un mardi à l’heure du premier café. Je feuilletais mon journal lorsqu’à la rubrique «Médias-Télévision» mon regard fut attiré par un article au titre a priori accrocheur: «Diversifier à tout prix?». Chouette, me dis-je, une étude sur la diversité dans les médias, une analyse un peu critique des politiques visant à améliorer la représentation des femmes, des personnes de couleurs, handicapées, à orientation sexuelle minoritaire; voire des lesbiennes-handicapées-de-couleurs... on peut rêver! Et me voilà embarqué dans la lecture de cet article où il n’était en fait question ni de genres ni de couleurs, mais bien des stratégies de diversification des médias audiovisuels en matière de produits dérivés et... lucratifs. C’est ainsi que j’appris que les fans de l’«Amour est dans le pré» pourront bientôt acheter des bottes en caoutchouc, des tabliers, des tasses aux couleurs de l’émission, à l’aide d’une carte de crédit éditée par leur chaîne télé. On n’arrête pas le progrès. Plus loin, je lus que, tenue par ses missions de service public, la RTBF, quant à elle, ne peut pas diversifier à ce point son offre de produits. «Rien de bien folichon donc...» concluait la journaliste à propos de la télé publique! Alors, de deux choses l’une. Soit cette journaliste n’a jamais regardé d’émissions de service public, soit la RTBF s’est largement plantée dans ses missions d’éducation aux médias. Car si ce n’était le cas, l’auteure se serait demandé ne fut-ce qu’un instant si c’est vraiment très «folichon» de faire acheter aux téléspectateurs des articles dont ils n’ont sûrement pas besoin avec de l’argent qu’ils n’ont pas forcément... et de considérer de surcroît que c’est rendre service au public!

mardi 8 novembre 2011

Les Roms, d'une misère à l'autre

Le lundi 19 septembre 2011, sur ordre de la bourgmestre de Schaerbeek, 47 Roms ont été évacués de la gare du Nord. Après un vain détour par Bruxelles-ville, ils ont trouvé refuge sur la place Gaucheret, toujours à Schaerbeek, à l’abri des voitures, mais pas des intempéries. Une semaine plus tard, ils étaient 72 femmes, hommes et surtout enfants en bas âge. La plupart de ces personnes sont originaires d’un pays de l’Union européenne. Présentes sur le territoire belge depuis moins de trois mois, elles étaient considérées comme des «touristes» et n’avaient droit ni à l’aide sociale, ni à l’accueil. Dans l’urgence, le CPAS leur a néanmoins délivré colis alimentaires et premiers soins. Le 5 octobre, le Foyer schaerbeekois a réussi à mettre un bâtiment en attente de rénovation à disposition. Pour raisons juridiques, la bourgmestre a dû délivrer un ordre de réquisition en attendant la conclusion d’une convention d’occupation précaire. Cette solution n’est donc que provisoire. Après les trois mois, ces Roms peuvent faire une demande d’asile à l’Office des Étrangers. Mais, vu la jurisprudence récente, il y a de fortes chances que le Commissariat aux Réfugiés rejettera leur demande au terme de la procédure. Ils se retrouveront à nouveau dans l’illégalité et sans ressources. Sans une politique spécifique pour les Roms, construite par tous les niveaux de pouvoirs, à commencer par l’Europe, ces familles, comme 12 familles slovaques et tchèques contraintes de squatter un immeuble désaffecté à Ixelles depuis le mois d’août, et comme tant d’autres familles à venir, continueront à fuir la misère pour une autre misère.

Photo Belga

lundi 21 mars 2011

"Les guerres puritaines"; l'esprit s'invite au débat

Si vous ne voulez pas passer à côté d’une perle, surtout ne lisez pas le quatrième de couverture des «Guerres puritaines», ouvrez directement à la page 9. Car si le résumé peut sembler hermétique, l’ouvrage lui-même, sans se lire comme un roman à suspens, capte néanmoins le lecteur par une bonne dose d’intelligence piquée de nombreux traits d’humour particulièrement rafraîchissants au vu du sujet traité: le port du voile dit islamique. Un humour qui a le bon goût de ne tourner aucun positionnement en dérision et se contente, plus subtilement, de renvoyer dos à dos les principaux protagonistes du débat. D’un côté les «puritanistes religieux» qui «prétendent que les femmes ne peuvent pas laisser voir (leurs cheveux), sauf en certains endroits privés»; de l’autre les «puritanistes laïques» qui estiment que «les femmes peuvent laisser voir leur foulard, sauf en certains lieux publics». Pour les premiers, le foulard est d’abord un vêtement qui cache certaines parties du corps féminin. Pour les autres, il est avant tout un signe, qui sert à manifester certaines convictions. Entre vêtement et signe, un champ (sémantique) de possibles s’ouvre, vaste comme le débat qui anime nos sociétés occidentales depuis une vingtaine d’années, généralement sur le dos, ou plutôt sur la tête, des femmes. Mais l’humour de Bruno Martens, a d’autres vertus que le seul décodage des symboles. Celles, avant tout, de dédramatiser le débat et de rassurer ceux qui perçoivent le foulard comme un rejet avant tout. En ne limitant pas le débat aux seuls principes, ce livre offre en effet des arguments de «simple bon sens» à ceux qui se questionnent, doutent, n’osent pas (encore) ce pas salutaire vers l’autre. «Si l’autonomie des femmes musulmanes doit être prise un tant soit peu au sérieux, conclut l’auteur, alors il faut s’interdire d’interdire tout autant que d’obliger. Il reste permis de discuter, bien sûr, d’autant plus si c’est avec humour». L’ouvrage de Bruno Martens, physicien, philosophe et par ailleurs actif sur le terrain de la cohésion sociale à Schaerbeek, est une salutaire invitation à la discussion.

Martens, B. «Les guerres puritaines, Signes religieux et vêtements pol(ys)émiques», Irfam/ L’Harmattan, coll. Compétences interculturelles (dir. Altay A. Manço), Paris, 2011.

lundi 31 janvier 2011

Record battu au "petit" salon de l'auto

Eternelle Coccinelle
Y’a pas à dire, janvier est un mois morose. Surtout en Belgique après 7 mois de crise politique. Certes, les jours commencent à s’allonger, mais on le perçoit à peine. Bien sûr, les soldes égayent les vitrines, mais quand on a déjà trop dépensé avant Noël... Et qu’on ne parle pas de la galette des Rois, tout juste bonne à ajouter des kilos aux kilos superflus des fêtes de fin d’année.
Janvier n’est-il pas le mois des bonnes résolutions qu’on ne tient pas? Les partenaires sociaux étaient résolus à sceller un accord interprofessionnel, mais le texte a fait hurler les militants. La reprise économique devait pointer le bout du nez, mais de façon si déséquilibrée que même le patron du FMI voit dans le chômage et les tensions entre pays «les graines de la prochaine crise».
Non, décidément, janvier n’aura tenu aucune promesse… sauf peut-être à Brussels Expo, où le «petit» salon de l’auto a attiré 380 000 visiteurs en 10 jours. Un record dont les organisateurs de la FEBIAC se félicitent «en dépit d’un contexte économique délicat...». Voilà qui est rassurant. Lorsque tous les habitants de la planète posséderont autant d’autos que les Européens, il y aura non plus 1,2 milliard de véhicules sur terre, mais 3,9 milliards; de quoi épuiser les réserves pétrolières, doubler les émissions de CO2, généraliser les embouteillages et démultiplier les cas d’asthme...
Et comme une bonne nouvelle ne vient pas seule, pendant ce salon et sous la pression de la même FEBIAC, des députés MR, VLD, CD&V et NVA ont renoncé à voter une proposition de loi visant à encadrer la publicité pour les voitures et rendre plus lisibles les informations sur leurs émissions de CO2... Ah, dernière bonne nouvelle: février ne fait que 28 jours cette année!

jeudi 16 décembre 2010

La guerre aux frontières... n'a rien d'une fiction

Voilà une initiative citoyenne qui donne envie d’être vue, soutenue, promue. Didier Seynave, cinéaste à ses heures et grand voyageur par ailleurs, s’est ému, lors d’un séjour au Maroc, des insurmontables difficultés rencontrées par les Marocains désireux de venir voir à quoi ressemble l’Europe ou de rendre visite à leurs familles expatriées ici. Difficultés moins liées aux législations marocaines qu’aux barrières, toujours plus hautes, dressées par l’Europe pour se «protéger».
Cette première indignation, suivie de multiples lectures et rencontres, vient de déboucher, au terme de quatre années de tournage, sur un remarquable documentaire, intitulé «La guerre aux frontières».
Remarquable par son exhaustivité, par sa force d’interpellation, par sa pédagogie aussi. Si le film fait 5h20 - il faut s’accrocher - c’est parce que l’auteur a voulu aborder la question des migrations sous toutes ses facettes. Et il en a dénombré 25, traitées en autant de chapitres qui s’enchaînent pour former un récit; l’histoire d’un candidat migrant, depuis son pays d’origine et ses motivations politiques ou économiques jusqu’à une hypothétique régularisation en Europe.
Autre originalité, ce ne sont pas des migrants qui racontent leur parcours, mais bien des acteurs tant associatifs que politiques, parmi lesquels on regrettera peut-être de ne pas trouver plus de contradicteurs, qui s’en font témoins plus ou moins volontaires, à travers leurs analyses, critiques et commentaires.
Les interviews, nombreuses - 36 personnes ont été interviewées - sont sobres dans la forme, mais généralement interpellantes dans leur contenu, quant elles ne sont pas poignantes. Les propos étonnent, révoltent même. Les chiffres s’imposent, sur des graphiques limpides. Les idées reçues se brisent, sur les récifs méditerranéens ou sous les balles des gardes-frontières. Les questions se font fondamentales : de quel droit empêche-t-on un homme de se déplacer ? De chapitre en chapitre - qui peuvent aussi être vus séparément - la longue quête de Didier Seynave se transforme en parcours quasi philosophique.


Pour en savoir plus sur cette réalisation originale de Didier Seynave avec Christian Cartiaux ou pour se procurer les (2) DVD du documentaire: www.laguerreauxfrontieres.com

vendredi 10 décembre 2010

Cachez ces transferts

Une amie française expatriée à Bruxelles décida de découvrir la Wallonie. C’était une infidélité à la mer du Nord, qu’elle adore par tous temps; à Ostende dont elle a souvent goûté le charme désuet; à l’accent west-flandrien si rude, même lorsque les commerçants répondent en français à leurs clients.
Une infidélité motivée par un automne radieux et le «retour des couleurs», comme disent les Canadiens. Ces rouges, jaunes et roux qui pendant quelques journées d’automne illuminent arbres et forêts. Elle avait réservé dans une auberge de charme, aux confins du Condroz et de l’Ardenne. Six chambres proprettes, une cuisine savoureuse et un accueil parfait. Elle fut à la fois comblée et juste déroutée: tous les clients, le soir au repas, parlaient flamand... Ici, dans le cœur de la Wallonie? Elle comprit bientôt que le parton lui-même et son épouse étaient originaires de l’autre côté de la frontière linguistique. Pourquoi pas?
La matinée du lendemain fut radieuse. Après un bon bol d’air et de nature, une belle palette de couleurs et d’odeurs, elle aboutit en ville pour le déjeuner. Une de ces petites villes charmantes et touristiques, dont les terrasses débordent le week-end. Sa première vision fut celle d’une boulangerie-pâtisserie appelée fièrement «bakkerij». Sa deuxième impression fut définitive, assise à la terrasse blindée d’un restaurant où tout le monde parlait flamand, même le serveur: la «Wallonie profonde» est franchement plus exotique que prévu et les transferts Nord-Sud, nettement plus humains qu’annoncés. Drôle de pays, se dit-elle, qui se déchire tout en s’arrachant ses coins de charme.

lundi 27 septembre 2010

Schaerbeek: ces morts, que l'on ne sait compter

Un peu avant minuit, elles étaient 13. Vers deux heures du matin, on n’en dénombrait plus aucune. Ensuite, on les estima à 2, à dix heures, bien après le lever du jour. Et ce fut 3 - enfin? - dans le courant de l’après-midi.

Elles? Ce sont des personnes. Des personnes avec un nom, un visage, une famille, toute une histoire qui s’est arrêtée net dans la nuit du 25 au 26 septembre dernier, lors de l’explosion d’un immeuble à Schaerbeek.

Comment le nombre de personnes décédées dans ce tragique événement a-t-il pu faire l’objet de telles spéculations, d’un aussi macabre jeu de devinettes, d’erreurs aussi grossières que choquantes ? Comment a-t-on pu faire peser, au fil des heures, de tels doutes sur les familles, sur les proches? «On», c’est personne. En tout cas pas seulement les journalistes. C’est tout un bouleversement du traitement de l’information qui interpelle.

Information qui a d’abord circulé sur un site de «sociabilisation», semble-t-il, avant d’être traitée et relayée dans un deuxième temps par les circuits plus traditionnels: dépêches d’agences, publications sur les sites internet de divers médias «professionnels», mais avec les mêmes erreurs. L’urgence, la loi de l’immédiateté imposée notamment par Internet, n’ont pas permis de vérifier l’information. De toute évidence.

Faut-il s’en faire une raison? Les nouvelles technologies ne laissent guère de temps à la vérification, encore moins au recoupage de sources ou à la contradiction. Mais ne pouvait-on pas, quelques heures durant, se contenter d’annoncer une «forte explosion, dont on ignore encore si elle a fait des victimes et combien»?

samedi 5 juin 2010

Le 13 juin, ne tournez pas le dos à la démocratie


Les associations constitutives du Conseil supérieur de l'Education permanente ont pris l'initiative d'un clip fort à propos. En étroite collaboration avec le MOC, ce petit film rappelle, en termes simples, l'importance d'aller voter le 13 juin. A l'heure où nombre d'électeurs seraient tentés de boycotter les urnes, il illustre le fait que, au-delà des questions institutionnelles, les enjeux des élections touchent la vie de chacun d'entre nous.
Ce film sera diffusé sur les écrans de la RTBF, de RTL-TVi et de la plupart des télévisions communautaires à partir du vendredi 4 juin. Vous pouvez le découvrir en avant-première en suivant ce lien: www.vimeo.com/12175082.

Ne tournez pas le dos à la démocratie from Clara Production asbl on Vimeo.


vendredi 28 août 2009

Sauver la poste de Louvain-la-Neuve

Nouvelle illustration de la libéralisation des services publics imposée par l'Europe, et donc par nous: l'unique bureau de poste de Louvain-la-Neuve est menacé de fermeture dans les tout prochains jours.
Les raisons avancées par la direction de la poste sont de stricts, et aveugles, critères de rentabilité.
Un comble dans cette ville habitée par de nombreux étudiants sans voiture et de plus en plus investies par des personnes moins valides attirée par son caractère piétonnier.
Comble du comble, la commune d'Ottignies va y ouvrir une annexe administrative... pour éviter aux Néolouvanistes de se déplacer.
Un comité de soutien envisage plusieurs actions dans les prochains jours tout en continuant l’occupation de la poste. N'hésitez pas à signer la pétition en ligne.