Voilà qui me ramène bien loin dans la mémoire de mes années passées, à une époque où je découvrais l'amour, encore interdit, et où tout donc me semblait possible. Pourquoi ce film, Mascara de Patrick Conrad, si vite tombé dans l'oubli, m'a-t-il tant marqué? Parce que j'étais amoureux de l'un de ses figurants, sans soute. Un amour trop éphémère. Et qui me donnait déjà la mesure de l'impossible amour. Tant d'années plus tard, je voudrais encore que l'on m'aide à traverser la nuit. Une nuit plus sombre désormais, que les lendemains se font plus urgents. Mais j'ai aussi aimé, je m'en souviens, le mélange des genres, des langues et des cultures. Le néerlandais m'a semblé si beau tout à coup. L'allemand plus proche que jamais. Peut-être étais-je réconcilié enfin avec ma belgitude, même si, au fond, c'est l'anglais qui domine dans cette chanson. Mais comme tout cela s’accommode ici, forme finalement une harmonie, qui laisse à rêver que dans la différence la rencontre est enfin possible. C'était mon rêve de jeunesse: croire que ma différence avait quelque chose d'universel. Croire que défendre les droits d'une minorité, c'était défendre ceux de toutes les minorités. J'ai milité pour cela, et déchanté depuis. Le droit à la différence a fait long feu, l'indifférence a gagné. Et le mariage pour tous est devenu celui de quelques privilégiés, si souvent aveuglés par leur éphémère insouciance. Ailleurs, les homos sont persécuté plus que jamais. Ici, les étrangers sont refoulés comme jamais. Partout, les égoïsmes dominent. Oh, help me make it through the night...
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samedi 21 décembre 2013
mercredi 30 octobre 2013
Tant que l'on érigera le travail en valeur suprême et l'argent comme seule marque de réussite...
Certains jours, je me dis que je deviens vraiment un vieux con. Tellement con que je me demande comment je supporterai encore ce monde à 70 ou 80 ans, si j'arrive jusque là. Déjà, je ne peux plus encaisser les automobilistes qui déboitent sans clignotant; ceux qui qui se calent une fois pour toutes à 120 sur la bande du milieu; ceux qui remontent les files pour se rabattre au dernier moment, avec ou sans clignotant. Je m'énerve contre la musique et les pubs débiles qu'on déverse à gerbes continues dans ma salle de sport. Je fulmine contre les entraineurs qui ne s'adressent qu'aux jolies filles et vous nient la tronche. Je méprise les jeunes bodybuildés qui s'invectivent à travers la salle comme s'il n'y avait qu'eux et se tâtent les pectoraux hypertrophiés que je soupçonne inversement proportionnés à la somme de leurs neurones. Mais je ne parviens toujours pas à raffermir ma poitrine...
Et je deviens d'autant plus con que je ne trouve pas de remède à ma connerie, sinon le rêve d'aller finir mes jours à la montagne. D'autant plus illusoire que je n'en aurai bien sûr jamais les moyens, à force de jobs à durée déterminée et de salaires tout juste décents. Mais pourquoi la montagne? J'ai l'impression d'y être né, c'est presque vrai. C'est là, sans doute, que j'ai vécu les moments les plus intenses de mon existence. Depuis l'enfance, et sur une paire de skis depuis bientôt trois ans. Mais ça n'explique pas tout. La montagne, c'est aussi, à mes yeux, le règne du dépouillement. Un sommet, on le gravit avec ses jambes, une dose d'humilité et de bonnes chaussures, certes, mais bien rodées. On s'en fout du dernier cri. Une piste noire, ça se dévale avec un peu de folie, une boule dans le ventre, et une bonne paire de skis. Mais à cette vitesse, qui a le temps d'en noter la marque? Un sommet, comme une piste noire, une crête ou un lac glacé, ça reste - pour combien de temps encore? - une rencontre avec soi. Oh, je ne parle pas de se surpasser, de dépasser ses imites et ses peurs. Je me méfie de ces concepts de "team builders" qui ne voient que rentabilité. Je parle de cette capacité de s'émerveiller pour quelque chose qui n'a pas de prix. Quelque chose qui nous dépasse et nous grandit, au lieu de nous écraser. La beauté, quoi!
Pour moi, c'est juste l'inverse de ce monde où le vieux con que je suis ne se retrouve pas. Si les gens remontent les files dans leur BMW de société, s'ils roulent des mécaniques dans les salles de sport, s'ils ne rêvent que de célébrité et vêtements de marques, s'ils traitent les filles comme des paquets de viande, ce n'est pas tant qu'on ne leur a rien appris, certains ont même fait de brillantes études. C'est peut-être qu'on a oublié de les prendre pour des personnes, à force de les considérer comme des consommateurs juste bons à faire tourner un modèle qui ne profite qu'à quelques uns et laisse tous les autres, au mieux, dans l'illusion; au pire, dans la désolation.
J'entends partout, surtout à gauche, qu'il faut mettre le parquet sur l'enseignement. Et je lis, chez les mêmes, qu'il faut mettre la priorité sur l'emploi. Très bien, 25 ou 50% de jeunes au chômage c'est juste criminel. On est d'accord. Mais si l'on se contente de former des jeunes pour qu'ils trouvent de l'emploi, qu'aurons-nous gagné? D'autant qu'il n'y a pas assez d'emplois... Tant que l'on érigera le travail en valeur suprême, l'argent comme seule marque de réussite, la célébrité comme unique indice d'existence... je ne vois guère d'autre horizon que la montagne, dès lors que le sexe, et l'amour qui pourrait aller avec, deviennent aussi objets de consommation.
Mais en vieux con pas encore totalement sénile, je serais ravi d'avoir tort cette fois encore...
vendredi 30 août 2013
mercredi 24 avril 2013
Le "Printemps français" est en marche...
Et
dire qu’il y en a qui appellent ça «le printemps»! Bon, c’est vrai
que l’hiver a été long, et rigoureux. Faut le reconnaître. Et c’est vrai
que la jeunesse tient désormais le haut du pavé; toute fraîche éclose,
si propre sur elle, armée de bons sentiments, de smartphones, et
connectée aux réseaux sociaux. C’est vrai que cette jeunesse découvre
les joies de la transgression. C’est grisant, à vingt ans, de se
mobiliser: de battre le rappel des troupes, de scander des slogans, de
fabriquer des calicots, de s’indigner des soirées entières, de refaire
le monde et de se faire de nouveaux amis dans les manifs. C’est dingue
de planter des tentes en toute illégalité, puis de passer la nuit en
garde à vue et de s’en vanter ensuite. Et comme c’est exaltant ce
sentiment de construire dans la rue, et dans la fraternité, la
République de demain... On se sent devenir adulte. Citoyen, même. Pour
un peu, on se croirait revenu au joli mois de mai '68, lorsqu’un autre
monde était possible, teinté de fleurs, de musique et de grands lits. Il
est d’ailleurs beaucoup question d’amour dans les rangs des « manifs
pour tous »: amour des enfants, surtout, de la famille, toujours, de
Dieu, généralement. De l’autre ? Ça dépend... Mais qu’importe ! les
couleurs sont vives, les revendications fortes, l’ambiance bon-enfant.
Dans son refus du mariage homosexuel, la droite française a réussi le
pari de porter enfin des revendications «positives». Il s’agit moins de
manifester «contre» les gays que «pour» des valeurs prétendues
justes, voire généreuses. C’est cela, sans doute, qui a séduit tous ces
jeunes des beaux quartiers. Et qui est inquiétant... Où sont-ils, ces
mêmes jeunes qui sont notre avenir, ces jeunes instruits et décomplexés,
lorsqu’on tabasse des homos, lorsqu’on expulse des Roms, lorsqu’on
ferme des usines, lorsque tant d’autres jeunes se battent pour un
boulot, lorsqu’on exclut des familles du chômage, lorsqu’on exploite des
enfants qu’ils prétendent pourtant défendre? Pas dans la rue, en tout
cas. Le printemps est bien sombre cette année, ne trouvez-vous pas ?
jeudi 7 mars 2013
Carterpillar: quelle sauce serons-nous mangés ?
A quelle sauce serons-nous mangés ? Voilà une question qui doit brûler bien des lèvres en ce début d’année morose et incertain. Les 1.400 ouvriers et employés de Caterpillar Gosselies, comme les 1.300 travailleurs d’ArcelorMittal Liège, et les 8.000 autres de Ford Genk et ses sous-traitants connaissent la réponse : ce sera chômage ! Et dégressif, de surcroît, grâce au gouvernement fédéral qui continue de penser qu’il n’y a qu’à chercher du travail pour en trouver... Pour tous ces nouveaux demandeurs d’emploi, la question est davantage de savoir ce qu’ils vont manger et servir à leur famille. Ce sera vaches maigres... Et pour longtemps. Oubliés les petits restos du vendredi et les lasagnes toutes préparées en semaine. Au moins, ils pourront se consoler; si la crise économique les frappe au cœur, la crise alimentaire ne les atteindra pas. Quoique... Chaque semaine nous apporte son lot de révélations dans l’affaire de la fraude à la viande de cheval. À tel point qu’on a vite fait d’oublier que du porc, aussi, s’est glissé dans des hamburgers 100 % pur bœuf servis notamment à des prisonniers musulmans. On n’en est plus à se préoccuper des minorités. C’est toute la chaîne alimentaire qui vacille, comme voici dix ans lors de la crise de la vache folle. Et l’Europe n’est plus la seule touchée. Ikea a décidé de retirer ses boulettes de ses magasins de Malaisie, de Thaïlande et à Hong Kong. Et, comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’on apprend par le journal « Le Monde » que de la viande de girafe aurait été décelée dans des bâtonnets d’antilope en Afrique du Sud... La crise est planétaire, ma bonne dame ! Non seulement on ne sait plus ce qu’on mange, mais on ne sait toujours pas à quelle sauce on sera mangés. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a que les vaches pour être folles dans ce monde du tout au profit...
samedi 22 décembre 2012
Schizophrénie de la Commission européenne
Peut-être avez-vous lu comme moi les derniers chiffres publiés
par Eurostat, la direction générale de la Commission européenne chargée
de l’information statistique. Interpellant. En un an, de 2010 à 2011, la
pauvreté a progressé de 0,8% dans l’Union.
On dénombre désormais 120 millions de personnes menacées de pauvreté ou
d’exclusion sociale, soit un quart de la population européenne (24,2 %).
Avec des variantes suivant les pays, certes. La Bulgarie déplore 49 %
de personnes précarisées, une sur deux ! La Belgique s’en sort «plutôt
bien», avec 21 %, soit plus d’une personne sur cinq, et une
augmentation de 0,2%. Pendant ce temps, la Commission européenne
ambitionne toujours de (faire) respecter ses objectifs pour 2020:
réduire de 20 millions (25 %) le nombre de personnes précarisées. Et
cela, tout en diminuant drastiquement les budgets sociaux alloués à
l’intégration sociale, comme on peut le lire dans l’article de Bart
Vanhercke, Ramón Peña-Casas et Matthieu Paillet publié dans la revue Démocratie du 15 décembre dernier. Et tout
en poursuivant aveuglément les politiques d’austérité budgétaire dans
l’ensemble de la zone euro. Ces trois auteurs parlent de
« schizophrénie » européenne. J’ignore s’ils sont diplômés en
psychiatrie, mais je me demande si leur diagnostic ne devrait pas être
étendu. Une récente étude a révélé qu’un Belge sur trois est exposé à un
stress élevé au travail. Une proportion en constante progression, elle
aussi. Ce qui n’empêche qu’on continue à nous imposer de travailler
encore plus pour gagner toujours moins, tout en laissant de plus en plus
de personnes sur le carreau du chômage et en enrichissant sans cesse
quelques actionnaires nantis. Je ne suis pas psychiatre, c'est certain, mais à
«schizophrénie», j’ajouterais... «hallucinatoire». Pas vous?
lundi 3 décembre 2012
Espagne: voir la vie en rétréci...
« Je vois la vie en rétréci », témoignait, il y a peu, une jeune mère de famille espagnole. Autrefois, elle aimait l’art, les musées. Aujourd’hui, elle a perdu son emploi. Elle se contente d’un café, tous les matins, avec sa mère qui tente de lui venir en aide.
Depuis la crise, des centaines de milliers d’Espagnols ont vu leur vie rétrécir de la sorte, souvent réduite à la seule survie. Le chômage frappe plus d’un actif sur quatre dans le pays. Et, depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, plus de 350.000 propriétaires ont été expulsés de leur logement dont ils ne parvenaient plus à payer les traites. La maison ou l’appartement, en Espagne, sont le socle de la famille. On ne s’y marie souvent qu’après avoir trouvé un toit. Ce qui explique que 83% des Espagnols sont propriétaires de leur habitation. Et ce qui a poussé deux personnes à se donner la mort peu avant l’arrivée des huissiers. Le 25 octobre, José Luis Domingo a été retrouvé pendu dans le sud du pays. Le 9 novembre, Amaya Egana, une ancienne élue socialiste s’est suicidée au Pays basque. Pour eux, il n’était pas possible de rétrécir la vie davantage. D’autres, comme cette mère de famille menacée d’expulsion qui a mis ses organes en vente sur internet, tentent de repousser les limites de la survie au-delà du supportable. Il a fallu ces drames et une vague d’indignation pour que les banques ibériques suspendent les expulsions. Tardif et court répit. Un bref répit, c’est ce qu’ont connu, chez nous aussi, 18 demandeurs d’asile déboutés. Faute de budget, les avions qui devaient les rapatrier en Albanie et en Grande-Bretagne sont restés cloués au sol. La crise peut aussi avoir du bon, serait-on tenté de sourire... Mais je ne sais pourquoi, cette fois, le sourire ne vient pas.
mercredi 14 novembre 2012
Ce si délicieux humour du gouvernement papillon
Novembre, le froid tombe, la grisaille s’installe, l’heure d’hiver nous plonge dans l’obscurité. Novembre, le mois de la déprime, est le moment idéal pour nous rappeler que les temps sont durs. Avec 4 milliards d’euros à trouver pour atteindre les objectifs européens de stabilité en 2013, le gouvernement fédéral en sait quelque chose. Pourtant, l’équipe d’Elio Di Rupo ne se laisse pas emporter par la morosité ambiante. On pourrait même dire que le gouvernement « papillon » fait preuve d’une bonne dose d’humour ces dernières semaines. Tenez, il a choisi la date du premier novembre, jour de Toussaint, veille de fête des morts, pour mettre en œuvre la dégressivité des allocations de chômage. Joli clin d’œil à ces milliers de demandeurs d’emploi qu’il espère encourager de la sorte à rechercher activement un travail alors même que le pays vient d’enregistrer un record de faillites. Depuis le début de l’année, 9.156 entreprises ont fermé leurs portes, ce qui a entraîné la suppression de près de 19.000 postes de travail. Tout aussi amusant, pour renflouer les caisses de l’État, l’équipe Di Rupo envisage une hausse de la TVA à 22 % ce qui, selon le secteur de la distribution, pourrait entraîner la perte de 4.500 emplois dans ce seul secteur, soit autant que le nombre de travailleurs de Ford Genk. Et on n’a pas fini de rire, puisque le gouvernement songe aussi à un saut d’index qui d’après la FGTB représenterait, sur une carrière complète et pour un salaire moyen, une perte sèche de 25.000 euros ! Comme quoi humour et bon goût ne vont pas toujours de pair. N’eût-il pas été de bon goût, par exemple, d’envisager une révision des intérêts notionnels, ou une taxation des plus-values en capital ? Même au fédéral, on ne peut pas rire de tout...
mardi 23 octobre 2012
Voir Venise et... courir
Plus les jours passent et plus je me demande ce qui m'a pris de m'inscrire à ce fichu marathon de Venise, le 28 octobre prochain. Mes genoux aux cartilages qui se désagrègent ne me permettent pourtant plus ce genre d'aventure. Et je ne me suis pas entraîné sérieusement, emporté par les vagues plus ou moins festives de la vie et de ses désappointements. J'ai recommencé à piquer des cigarettes aux copains, j'ai enchaîné les matins de gueule de bois, et les nuits à guetter le sommeil. Mes coéquipiers m'ont répété que je ne suis pas assez sérieux. Une collègue a rêvé de moi paralysé pour plusieurs mois. Une amie m'a précisé que Venise est réputé le marathon le plus difficile. Une autre, pourtant férue de jogging, m'a traité de fou. Mon ancien chef, bête de compétition, vient de se faire opérer du genou. Mon osthéo a fait la grimace. Mon médecin m'a envoyé chez le cardiologue. Ma mère a fui en vacances à l'étranger. Et mon patron me fait des misères, mais ça, c'est une autre histoire. Plus la date fatidique approche, donc, plus l'angoisse monte. Et si mes genoux cèdent, et si mon coeur lâche, et si mes jambes se coupent, et si mon rêve se brise à quelques foulées de la ville romantique? Et si je devenais raisonnable, et si je n'avais plus de rêves, et si je renonçais à voir Venise et mourir? Alors, sans doute, je serais déjà mort.
lundi 1 octobre 2012
Depuis le temps que je n'avais plus allumé la télé...
Ça faisait un moment que je n'avais plus allumé la télévision. J'avais bien lu les programmes, en fin de mon journal, l'une ou l'autre fois. Et les avais refermés sans trop d'entrain, à chaque fois. Pas envie de regarder un film doublé, criard et violent, ou une série qui en est déjà à son vingt-huitième épisode de la septième saison, un talk-show dont le seul suspens sera de savoir qui dira le plus de mal des autres, un match de foot aux enjeux financiers décidément indécents, une télé crochet qui, malgré toutes mes tentatives, ne parvient pas à m'accrocher, un feuilleton français sirupeux et dégoulinant de bons sentiments, une télé réalité où tout est faux sauf le maquillage. Bref, écran plat ou pas (en l’occurrence), ça faisait donc un très long moment que je n'avais plus allumé la télévision. Et puis ce soir, rentré tôt, de bonne composition, le téléphone éteint, le repas presque prêt, je me suis offert de regarder le JT. Grand luxe ou retour à la civilisation, j'hésite encore sur la nature de ma démarche.
Reste que j'ai franchi le pas, prudent, certes, et dans un registre connu. Le JT est l'émission la plus regardée, et la plus critiquée, aussi, corollaire de son succès. Je pouvais m'y engager sans trop prendre de risque et avec tout le loisir d'exprimer ensuite mon (f)lot de critiques, colères, indignations, soupçons de partialité, de manque de déontologie, d'excès de populisme, d'amateurisme et d'autres mots en "isme", comme disait la chanson de l'Eurovision. Bref, j'étais prêt... et puis rien. Rien à redire d'un JT plutôt bien présenté, correctement équilibré, assez critique, pas trop racoleur, ni poujadisme, ni populiste, ni communiste, ni socialiste, ni capitaliste, ni écologiste, ni aucun mot en "iste". Bref, j'étais tout à coup prêt à garder la télé allumée toute la soirée... jusqu'à ce que le JT se referme sur un premier tunnel de publicité. Je vous passe les détails. J'ai craqué au troisième spot. J'ai éteint la télé. Et pour un bon moment, je le crains. C'est con.
Reste que j'ai franchi le pas, prudent, certes, et dans un registre connu. Le JT est l'émission la plus regardée, et la plus critiquée, aussi, corollaire de son succès. Je pouvais m'y engager sans trop prendre de risque et avec tout le loisir d'exprimer ensuite mon (f)lot de critiques, colères, indignations, soupçons de partialité, de manque de déontologie, d'excès de populisme, d'amateurisme et d'autres mots en "isme", comme disait la chanson de l'Eurovision. Bref, j'étais prêt... et puis rien. Rien à redire d'un JT plutôt bien présenté, correctement équilibré, assez critique, pas trop racoleur, ni poujadisme, ni populiste, ni communiste, ni socialiste, ni capitaliste, ni écologiste, ni aucun mot en "iste". Bref, j'étais tout à coup prêt à garder la télé allumée toute la soirée... jusqu'à ce que le JT se referme sur un premier tunnel de publicité. Je vous passe les détails. J'ai craqué au troisième spot. J'ai éteint la télé. Et pour un bon moment, je le crains. C'est con.mardi 18 septembre 2012
Bienvenue riche con
Bernard Arnault, la plus grosse fortune de France, le patron du luxe et de l'inutile, l'homme qui murmurait à l'oreille du président Sarkozy, Bernard Arnault donc veut devenir belge... tout en restant français. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe, début septembre, en France, où Libé a osé titrer "Casse toi riche con!", comme en Belgique, où l'édito de La Libre affichait fièrement "Bienvenu, M. Arnault". On a beaucoup
commenté la Une de Libé, l’estimant tantôt excessive, tantôt vulgaire ou
partisane. On s’offusqua moins des éditos successifs de La Libre Belgique, pourtant
autrement indécents. A l'heure où le débat sur les naturalisations se crispe sous la pression d'une droite qui veut même empêcher les familles de se regrouper par delà les frontières, il est choquant de se réjouir qu'un homme cumule les nationalités dans le seul but d'accumuler les milliards. Pour M. Arnault la Belgique n'est qu'un moyen, alors que pour des milliers de migrants elle est l'aboutissement d'une longue et douloureuse quête d'une vie digne. Sa demande de naturalisation est presque insultante. Loin de moi l'idée d'opposer le "mauvais riche" au "bon pauvre". Mais comparer, comme le fit la même Libre Belgique, ce milliardaire qui a largement usé des subventions publiques et des fermetures d'usines pour construire son empire à des "des entrepreneurs - des hommes et des femmes qui prennent des risques et créent de l’emploi dans notre pays" est d'une malhonnêteté intellectuelle inquiétante. La même malhonnêteté qui anime celles et ceux qui depuis des décennies dénoncent la rage taxatoire qui frapperait les entrepreneurs belges. De ce point de vue, merci M. Arnault. Votre démarche démontre au contraire que la Belgique est un paradis fiscal pour grosses fortunes. Peut-être ferez-vous avancer le débat malgré vous... Si c'est le cas, "Bienvenue riche con"!
jeudi 23 août 2012
C’est pas beau le sport ?
C’est de bonne guerre. Des événements aussi importants que
les Jeux olympiques, aussi retentissants, et fondés sur des valeurs si fortes
que l’esprit sportif, la participation ou l’échange culturel sont de trop
belles occasions de faire valoir l’une ou l’autre revendication, de dénoncer
certains abus, de rappeler que le monde n’est pas aussi fair-play que le flegme
britannique pourrait le laisser espérer.
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| "Le Parisien" |
lundi 9 juillet 2012
Et si on mettait la voiture en vacances?
D’accord, tout le monde n’a pas la chance d’être en vacances pendant deux mois d’affilée en été. Mais bon! Pour des milliers de navetteurs, l’été, même sur la route du travail, c’est quand même un peu les vacances... Pensez donc ! D’après Bruxelles-Mobilité, le trafic automobile diminue de 20 % pendant juillet et août. Ça fait un cinquième de voitures en moins sur les grands axes vers la capitale. On comprend, à ce taux-là, que l’Agence flamande des routes, la Sofico wallonne ou Bruxelles-Mobilité choisissent l’été pour programmer les chantiers importants de rénovation de notre admirable réseau routier. Cet été ? La réfection du viaduc de Beez, du viaduc de Lavoir et de celui de Boirs sont en tête d’une trentaine de chantiers wallons qui ont débuté en juin déjà. Le viaduc de Vilvoorde en rénovation du 20 juin au 7 septembre sera le clou des travaux flamands, qui affecteront aussi Anvers et la E19. Et à Bruxelles, c’est florilège. Il y a la fermeture des tunnels Loi et Cinquantenaire, sans parler de la rénovation du tunnel du boulevard de la Woluwe, celle du viaduc Reyers, en ce compris le tunnel du même nom. J’en passe. Et puis, tous les dimanches d’été, la ville de Bruxelles a décidé que le boulevard Anspach sera temporairement fermé entre De Brouckère et Fontainas pour permettre des pique-niques urbains. Sans compter que désormais les cyclistes pourront brûler certains feux... Bref, cette année, l’été sur les routes belges risque de ressembler à tout, sauf à des vacances. Heureusement, selon l’Institut Belge pour la Sécurité Routière tout devrait rentrer dans l’ordre pour le dimanche 16 septembre: journée sans voiture. D’ici là, en voiture, en bus, en train, à vélo ou à pied, je vous souhaite quand même d’excellentes vacances ! Pour ce qui me concerne, ce sera vélo, comme tout au long de l'année, puis marche à pied...mardi 12 juin 2012
«Facebook est gratuit...», mais le sera-t-il toujours?
Si vous faites partie des 900 millions de membres du célèbre réseau social, vous connaissez sûrement ce slogan rassurant: «Facebook est gratuit et le sera toujours». Vu l’attachement des internautes à la gratuité, cet avertissement en page d’accueil du site relève d’ailleurs du bon sens. Pour garantir cette gratuité, Facebook a surtout misé sur la publicité, ciblée en fonction du profil des utilisateurs, qui représente environ 85% de son chiffre d’affaires.
Car l’entreprise de Mark Zuckerberg n’a rien d’une oeuvre caritative. Elle affichait au dernier exercice un bénéfice net d’environ un milliard de dollars... ce qui l’a poussée vers Wall Street et le Nasdaq. Facebook est donc entré en bourse de New York le 18 mai dernier. Les jours précédents, les spéculations allaient bon train dans les milieux informés. On annonçait l’action à 35 ou 38 dollars et une valorisation à plus de 104 milliards de dollars au total... pour un service, rappelons-le, tout à fait virtuel. Un record certes, mais totalement déraisonnable. Sachant que Facebook affichait en 2011 un chiffre d’affaires de 3,7 milliards de dollars et en tablant sur le fait que ce chiffre doublerait tous les ans - ce qui est optimiste - un journaliste du magazine «Fortune» a calculé qu’il faudrait 6 ans pour rentabiliser l’investissent. Complètement irrationnel, lorsque l’on se rappelle que les investisseurs veulent des retours élevés et surtout rapides. Pourtant, l’enthousiasme n’a pas faibli à la veille des premières cotations boursières, et le prix de départ du titre a bien été fixé à 38 dollars. Car dans le monde merveilleux de la finance débridée, on n’achète pas des actions parce qu’on pense que l’entreprise va décupler ses bénéfices, on investit si l’on croit qu’on trouvera quelqu’un prêt à racheter ces actions plus chères qu’on les a payées. On appelle cela de la spéculation. Spéculation qui contribue à gonfler des «bulles» prêtes à exploser au premier revers.
Ce revers, des spécialistes de l’économie du Net comme Jeffrey Cole ou Eric Jackson l’annoncent d’ici 5 à 8 ans. Lorsque Facebook et Google seront peut-être détrônés par des services mieux adaptés à la nouvelle configuration d’internet, pour les mobiles ou pour toute autre évolution. Mais Facebook vient de rassurer les spéculateurs en confirmant - outre le mariage très à propos de Mark Zuckerberg - que désormais il ferait payer ses utilisateurs qui veulent être «plus visibles» sur la toile. Voilà qui serait un sérieux coup de canif à la sacro-sainte gratuité du service. Et peut-être une grossière erreur. Car si les internautes sont prêts à supporter des fenêtres publicitaires plus ou moins intrusives en compensation de services gratuits, on imagine mal qu’ils seront prêts à payer «deux fois»: le service plus la publicité. Après tout, ce sont eux, leurs amis, et les amis de leurs amis qui constituent le formidable carnet d’adresses et la valeur ajoutée de Mark Zuckerberg...
mercredi 6 juin 2012
Ah bon! On peut choisir son orientation sexuelle ?
Qu’on l’apprécie ou pas, il faut admettre que Joëlle Milquet ne manque pas d’aplomb. Je me le disais au lendemain de la Belgian Pride qui avait rassemblé près de 70.000 personnes dans les rues de Bruxelles le 12 mai dernier. La ministre de l’Intérieur était invitée aux débats télé du dimanche pour parler d’homophobie après la mort violente d’Ihsane Jarfi.
Face à elle : un prêtre et un imam aux positions légèrement schizophréniques et cinq homos déterminés à faire entendre la voix de leur communauté meurtrie par ce drame. Force fut de constater que l’ancienne présidente du cdH n’a reculé devant aucune contradiction. Elle s’est réjouie du droit pour les couples du même sexe de se marier et d’adopter des enfants en omettant de rappeler que son parti s’était farouchement opposé à ces deux législations. Elle a expliqué que, n’étant plus présidente, elle ne savait pas si le cdH avait ou non soutenu la Pride de la veille. Ben tiens! Tout au long de l’émission, elle n’a eu de cesse de ramener les violences homophobes à toutes les violences nourries par le rejet de l’autre : des femmes, des étrangers, des personnes handicapées... Mais si la violence est la même pour tous, pourquoi Joëlle Milquet s’évertue-t-elle à faire des homos une catégorie à part en parlant de «choix» d’orientation sexuelle? Si on ne choisit ni son sexe, ni son lieu de naissance, ni son état de santé, on ne choisit pas non plus son orientation sexuelle... À force de ne vouloir déplaire à personne, Mme Milquet aura juste noyé le poisson. Au moins aura-t-elle assuré une présence féminine sur ce plateau de télévision désespérément masculin. Comme quoi, chez les homos comme chez les hétéros, l’égalité des chances et la mixité ne sont pas innées.
samedi 19 mai 2012
Un "vrai travail"
Nous étions le 2 mai au petit matin. Je m’étais levé très tôt et je m’étais aussitôt connecté à mon réseau social préféré. Un ami français venait de publier une actualité qui me fit d’abord sourire: «Je ne sais pas si j’ai un vrai travail, écrivait-il, mais une chose est sûre, il est temps d’y aller...».
Je savais qu’à cette heure-là il était déjà en route pour l’atelier, où il allait rester debout pendant huit longues heures, derrière une machine vibrante et bruyante, pour un salaire minimum pas si garanti que ça. Je me dis que mon ami français ne manquait pas d’humour. Lui qui avait travaillé à la chaîne pendant des années, puis repris des formations pour adultes pendant deux ans et bouffé autant de vaches enragées avant de trouver enfin cet emploi «rêvé»... C’est lui, pensais-je, que Nicolas Sarkozy aurait dû inviter le 1er mai au Trocadéro à sa «vraie fête» du «vrai travail».
C’est alors que m’a pris l’envie d’en savoir plus sur le «vrai travail» version président sortant. En surfant sur le net, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul. Des journalistes de l’excellent site d’information «Rue 89» avaient baladé une caméra au Trocadéro et demandé aux UMP ce qu’était, selon eux, «le faux travail». Question pertinente, à laquelle une dame très chic leur a répondu que c’est «les syndicats» et «ces gens qui profitent du RSA pour dormir». Cette dame très comme il faut parlait en connaissance de cause puisque lorsqu’on lui a demandé quel emploi elle exerce, elle a expliqué qu’elle travaille le verre et fait de la peinture sur toile. Mon ami français aussi fait de la peinture sur toile, mais uniquement après 20h ou le dimanche, quand il en a encore la force. C’est vraiment lui que Nicolas Sarkozy aurait dû inviter le 1er mai. Mais il aurait décliné l’invitation...
C’est alors que m’a pris l’envie d’en savoir plus sur le «vrai travail» version président sortant. En surfant sur le net, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul. Des journalistes de l’excellent site d’information «Rue 89» avaient baladé une caméra au Trocadéro et demandé aux UMP ce qu’était, selon eux, «le faux travail». Question pertinente, à laquelle une dame très chic leur a répondu que c’est «les syndicats» et «ces gens qui profitent du RSA pour dormir». Cette dame très comme il faut parlait en connaissance de cause puisque lorsqu’on lui a demandé quel emploi elle exerce, elle a expliqué qu’elle travaille le verre et fait de la peinture sur toile. Mon ami français aussi fait de la peinture sur toile, mais uniquement après 20h ou le dimanche, quand il en a encore la force. C’est vraiment lui que Nicolas Sarkozy aurait dû inviter le 1er mai. Mais il aurait décliné l’invitation...
mercredi 18 avril 2012
"Ne comptez pas sur un Allemand pour faire une publicité subtile"
En ardent défenseur du service public, il m’arrive de surfer
entre les tunnels publicitaires pour tenter d’écouter les émissions
d’information et de divertissement de La Première radio. Un exercice
volontariste à certaines heures, il faut bien le dire. Dernier exploit en date: ce matin même...
Pour parvenir à boucler le Tour d’Europe des quotidiens, une revue de presse qui a le mérite d’offrir
un peu de recul, il m’a fallu traverser une succession de pubs aussi criardes
qu’agaçantes à force de véhiculer les poncifs de la société de consommation,
quand ce ne sont pas des stéréotypes limite racistes. «Ne comptez pas sur un
Allemand pour faire une publicité subtile», nous conseille le constructeur Opel
plusieurs fois par heure. Ben non tiens !
On peut sûrement compter sur un Allemand pour construire une voiture solide,
comme on peut se fier à un Suisse pour être à l’heure, ou attendre d’un noir
qu’il soit en retard... Mais là, je dépasse les frontières du politiquement
correct. Car si depuis soixante ans l’Europe peut rire des Allemands, comme
depuis trop longtemps les Français s’amusent des p’tits Belges et depuis
toujours les Juifs se moquent d’eux-mêmes, il y a des limites... Par exemple,
il est désormais strictement interdit de ricaner du miracle économique
allemand. Productivité, croissance, taux de chômage, le refrain est connu à
travers l’Europe qui n’a de cesse de l’entonner. Il n’y a que dans la bonne
ville de Bochum que la rengaine sonne faux, comme nous l’apprenait ce matin le
fameux Tour d’Europe de la presse. C’est qu’Opel, le principal pourvoyeur
d’emplois de Bochum, a renoncé à investir en Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour
mieux se déployer... en Corée. Pas très subtil, en effet... et finalement pas
si solide que ça non plus.
mercredi 11 avril 2012
Informer, c’est aussi pouvoir renoncer
Nous sommes nombreux à avoir coupé le son au lendemain du
drame de Sierre. Ou à en avoir eu la tentation. Éteindre la télé, refermer le
journal. Car au-delà de l’émotion suscitée par la mort de vingt-deux enfants et
de six adultes, comment ne pas être choqué par certaines pratiques médiatiques?
Des journalistes qui harcèlent des témoins de l’accident de car et les familles
des victimes. Des équipes télé qui escaladent les murs de l’école Sint-Lambertus
d’Heverlee. Des reporters qui forcent la porte d’une chambre d’hôpital en
Suisse. Et, nouveauté, des photos volées sur internet pour être publiées en « une »
de journaux. Aucune émotion ne justifie de tels débordements. Et c’est lui
manquer de respect de décréter a priori que le public demande des éditions
spéciales débordant d’images choc, mais dépourvues d’informations pertinentes.
Ces excès sont davantage motivés par la recherche de l’info exclusive et la
terrible concurrence entre médias que par le souci d’informer. À l’occasion du
jour de deuil national, que certains voulaient voir comme une réconciliation
nationale, les radios et télévisions francophones s’étaient accordées pour
renoncer à toute publicité sur leurs antennes.
| Un dessin de Pierre Kroll que j'avais trouvé digne et fort |
mardi 10 avril 2012
Mieux vaut brasser de la bière que des idées
Didier Bellens, le patron de Belgacom, a donc gagné 2,6 millions d’euros bruts en 2011. Un scandale! Unanimement dénoncé d’ailleurs par la classe politique belge. Ces petits gauchistes d’Ecolos ont rappelé qu’ils réclament depuis longtemps « des mesures fortes pour limiter les rémunérations et les avantages accordés aux patrons ». Le parti socialiste, en charge des entreprises publiques et auquel est d’ailleurs apparenté le CEO de Belgacom, a resservi sans sourciller ses anciennes propositions de lois visant notamment à ce que le salaire le plus élevé ne soit pas plus de 20 fois supérieur au salaire médian. Même le MR s’y est mis, estimant qu’il « n’est pas acceptable moralement et éthiquement, qu’un patron d’une entreprise publique, qui reçoit donc de l’argent du contribuable, touche un salaire 10 fois plus élevé que celui du Premier ministre ». Et la ministre MR des Classes moyennes a ajouté sur les ondes de La Première qu’avant de toucher aux salaires des patrons d’entreprises privées, il faut que les responsables d’entreprises publiques montrent l’exemple.
Mais c’est bien sûr ! Car en 2011, pendant que le patron de Belgacom accumulait près de 3 millions d’euros, celui de Volkswagen, l’Allemand Martin Winterkorn, ne gagnait que 17 malheureux petits millions et le boss du géant brassicole AB-Inbev, le Brésilien Carlos Britto, en grattait péniblement 135 millions de rien du tout... Résumons-nous : si Elio Di Rupo gagne 10 fois moins que Didier Bellens, lequel gagne 52 fois moins que Carlos Britto, le Premier ministre belge touche donc 520 fois moins que le patron d’AB-Inbev. Une chose est sûre, à ce tarif-là, il vaut mieux brasser de la bière que des idées. Et ce n’est pas Sabine Laruelle qui me contredira...
Mais c’est bien sûr ! Car en 2011, pendant que le patron de Belgacom accumulait près de 3 millions d’euros, celui de Volkswagen, l’Allemand Martin Winterkorn, ne gagnait que 17 malheureux petits millions et le boss du géant brassicole AB-Inbev, le Brésilien Carlos Britto, en grattait péniblement 135 millions de rien du tout... Résumons-nous : si Elio Di Rupo gagne 10 fois moins que Didier Bellens, lequel gagne 52 fois moins que Carlos Britto, le Premier ministre belge touche donc 520 fois moins que le patron d’AB-Inbev. Une chose est sûre, à ce tarif-là, il vaut mieux brasser de la bière que des idées. Et ce n’est pas Sabine Laruelle qui me contredira...
mercredi 28 mars 2012
RTBF, le désamour?
Depuis début mars, les membres de la commission culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles auditionnent les acteurs du paysage audiovisuel. Leur motivation? Adopter des recommandations en vue de la négociation du nouveau contrat de gestion que la ministre de l’Audiovisuel doit conclure avec la RTBF d’ici la fin de l’année. Mais certains n’ont pas attendu cet exercice «démocratique» pour faire valoir leur point de vue. Le premier à ouvrir le feu fut le Conseil de la jeunesse. En septembre dernier, il rendait un avis d’initiative, réclamant notamment plus d’émissions pour jeunes ou d’éducation aux médias et l’interdiction des «placements de produits», technique publicitaire (sur)abondante dans «The Voice», par exemple. Quelques mois plus tard, Bernard Hennebert tire une deuxième salve en direction du boulevard Reyers, dans un ouvrage intitulé «RTBF, le désamour». Le fondateur de feu l’Association des téléspectateurs actifs (ATA) n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà consacré trois ouvrages à la radio télévision de service public. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées, jusqu’à pratiquer l’autocitation avec un rien d’agaçante complaisance. Reste que ses constats interpellent.
Côté programmes, il déplore la disparition sans remplacement de certaines émissions de service aux consommateurs, de reportages ou médiation et dénonce le renvoi soit à des heures trop tardives soit sur la trop confidentielle troisième chaîne d’émissions culturelles ou à destination des jeunes. Côté pub, il s’inquiète de son emprise croissante sur les ondes et les antennes de la RTBF, que ce soit par le volume ou par l’évolution des techniques utilisées. Bernard Hennebert termine son ouvrage par dix propositions, allant de l’ouverture du CA à la société civile (et donc à lui?), jusqu’à la disparition d’ARTE Belgique (trop chère) ou la diminution de la pub (en commençant par la suppression du placement de produits). Des pistes à discuter, certes, mais qui ont le mérite d’éclairer un débat dont le public doit pouvoir se saisir faute d’être directement consulté...
Bernard Hennebert, «RTBF, le désamour. Constats et pistes d’évolution», Éditions Couleur Livres,2012.
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